Le Tournai d’avant: tour du cingle, oubliée et sauvée

Classée par Arrêté du Régent, cette tour en pierre située entre rue du Cygne et des Fossés, fait partie de la première enceinte communale du XIIe siècle et se situe entre les portes Pennier (près de l’Escaut) et des Verriers (au niveau de la rue de Courtrai). Cette muraille suit en fait le tracé de la Gallo-Romaine dont des traces sont retrouvées lors de l’enlèvement des gravois et autres débris laissés par le bombardement incendiaire de mai 1940.

Étienne BOUSSEMART

Au cours des siècles, elle se désigne «ruelle sans issue», «royelle du Croissant» appellation dérivée de l'enseigne d'une brasserie éponyme située rue de le Chaingle alors qu'en 1588, dans cette «ruelle sans issue est établi le scel du drap en bleu».

Les documents anciens la renseignent comme «tour du cingle», le cingle ou cingulum en latin signifiant ceinture, urbaine ou vestimentaire. Dès le Moyen Âge, le mot «chingle» désigna indifféremment le mur, le fossé par une déformation langagière. La rue «du Cygne» n’est en fait que la rue «du Cingle».

En seconde partie du XIXe, elle fait partie de la propriété de l’échevin Louis du Mortier, au 10 de la rue des Fossés; c’est au fond du jardin qu’elle s’élève.

Avec l’achèvement de la seconde enceinte communale (XIIIe et XIVe) qui cercla la ville, les tours, murs et portes de la précédente muraille furent démolis ou englobés dans les propriétés privées. De surcroît, les fossés furent comblés et c’est sur le terrain reconquis que furent ainsi bâties les demeures de la rue du Cygne actuelle, la tour n’étant visible que par une impasse habitée.

Pour la petite histoire, c’est dans cette rue du Cygne que se trouvait l’Hôtel de la petite Nef déjà connu au XVIe et dénommé alors de la «Nef d’Or» dont le souvenir est gardé dans l’appellation d’une ruelle voisine.

Quant à la tour, elle n’était plus guère visible tout en étant utilisée par son propriétaire qui y avait percé une porte et, sur la terrasse sommitale propice à la sieste, un petit édicule avec accès à l’escalier. Bien dans l’esprit du temps, la tour du Cygne suivait ainsi l’identique destin de sa consœur, la tour de la Loucherie.

Retrouvée après les bombardements, la tour fit l’objet de quelques études qui démontrèrent qu’au-dessus des fondations romaines, la partie médiane de la muraille s’inscrit dans le Moyen Âge par son parement bien taillé. Quant à la partie supérieure, elle fut refaite après la fin de la seconde guerre mondiale.

Témoin de son époque, la tour du Cygne est un peu du patrimoine tournaisien et, à ce titre, doit être sauvegardée..