Expression engagée aux Beaux-Arts

L’académie des Beaux-Arts ouvre ses portes. Les étudiants y exposent leur créativité et leur travail, mais aussi leur humour et leur engagement.

Maxime DOGOT

«Attaque décisive de Philippe Gilbert dans la montée finale vers les toits de l'Académie des Beaux-Arts de Tournai, lieu d'expression idéal pour la célèbre giclette du Remoucastrien.» Commentaire surréaliste, mais pas inimaginable à en croire la maquette de Julien Riboux, étudiant en architecture d'intérieur. L'artiste transforme son école en Centre du vélo de la ville de Tournai et modélise une structure/piste cyclable sinueuse entre les couloirs et les étages de l'ancien Hôpital Notre-Dame.

Des coups de pédales entre les chevalets, c'est le genre d'originalité que l'École supérieure des Arts de l'Académie des Beaux-Arts de Tournai invite à découvrir à l'occasion de ses portes ouvertes. Les travaux représentatifs des neuf options de l'école y sont visibles: architecture d'intérieur donc, mais aussi bande dessinée, illustration, arts numériques, communication visuelle, publicité, design textile, peinture et dessin. «Par options, il faut comprendre cours finalisant, c'est-à-dire un cursus débouchant sur un diplôme», précise Bernard Bay, directeur des Beaux-Arts tournaisiens depuis 13 ans. À côté de ces options, l'Académie propose à ses étudiants des cours artistiques de soutien tels que la sérigraphie, la photographie ou encore le dessin modèle vivant.

Beaucoup d’appelés, peu d’élus

Cette année, l'Académie a justement choisi de mettre à l'honneur ces cours artistiques de soutien relatifs à l'image imprimée. «Ces ateliers constituent un éveil artistique pour les étudiants qui s'ouvrent ainsi à d'autres techniques, d'autres façons de s'exprimer. Un peintre ne reste pas dans son atelier 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et on imagine mal, aujourd'hui, un publiciste ne maîtrisant pas la photographie», recadre Bernard Bay.

Les portes ouvertes sont également l'occasion d'enregistrer de nouvelles inscriptions et, dans ce domaine, la filière artistique ne connaît pas la crise selon Bernard Bay: «Le nombre de nos étudiants a doublé en 10 ans. C'est une tendance générale dans toutes les écoles d'art de Belgique». Le durcissement du statut d'artiste ne semble pas influencer de manière négative les vocations. Mais le directeur balaie quelques clichés et prévient: «Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Nous ne sommes pas dans l'application ludique. Le métier d'artiste, c'est 95% de travail et 5% de talent. Le diplôme ne suffit pas. Ce qui compte, c'est d'avoir beaucoup d'énergie, beaucoup d'envie de faire et beaucoup de choses à exprimer. C'est une manière de vivre.»

Illustrer et dénoncer

Une manière de vivre bien dans son temps à en croire les productions d’étudiants exposées dans les différents ateliers. Un art résolument tourné vers les réalités contemporaines. Certains sujets abordés en illustration touchent par exemple à la société de consommation et de l’image: du coca-cola dans un biberon ou des enfants enchaînés par la télévision.

Plus dénonçant encore, le travail de fin d'année de Clément Cappe, étudiant en 1re bachelier d'illustration: un jeu de carte illustré intitulé «Flou Monétaire». Le but? Aider des personnalités à réussir leur évasion fiscale. «J'ai eu l'idée lors du scandale des Panama Papers. Ce fut un véritable processus didactique pour moi. J'ai dû creuser la problématique de la fraude fiscale à fond car le jeu est basé sur des faits avérés. Vous tirez une personnalité comme Jean-Marie Lepen, Michel Platini, Patrick Balkany ou encore le chanteur Renaud et vous devez ensuite rassembler les cartes représentant les différents ingrédients leur ayant permis d'éluder l'impôt: paradis fiscaux, compte occulte, prête-nom, secret bancaire… La carte Nicolas Sarkozy est un joker. Si vous la tirez, vous êtes presque certains de gagner». L'Académie des Beaux-Arts de Tournai, fabrique d'artistes engagés.

Exposition ouverte du 27 au 30 juin, de 10 h à 17 h. Infos: 069 84 12 63.