Le Tournai d’avant : la tour de la Loucherie sauvée de justesse

Une arche puissante fermée jadis de puissants vantaux, de solides moellons pour ses structures, exemple unique du IVe siècle.

Étienne BOUSSEMART
Le Tournai d’avant : la tour de la Loucherie sauvée de justesse
La tour arbore encore son ajout de brique qu’ouvrent quelques fenêtres. Peu confortable mais un abri. ©ÉdA

Survivante de la muraille dite gallo-romaine, elle naît à l’endroit le plus propice, au haut d’une montée abrupte, au bord du plateau sud; lieu stratégique, ni les Gaulois, ni les Romains ne s’y trompent: y sont découvertes les plus anciennes traces de vie.

L’enceinte, en grossier demi-cercle entre rues des Carliers et des Noirets, se construit quand Rome est menacée par les invasions barbares. Rien ne rappelle aujourd’hui les courtines au tracé aléatoire malgré les fouilles.

La tour de La Loucherie – dû à la famille Le Louchier à l’emblème d’un louchet – donne accès à la chaussée de Bavai et devient obsolète lorsque Tournai construisit sa première enceinte communale aux vestiges encore nombreux.

Que devient La Loucherie? Elle n’est pas détruite comme ses voisines, les Verriers en 1551. Oubliée au long des siècles? Oui, même les Bozière ou Rolland ne la mentionnent pas dans leurs «Histoire de Tournai».

Pas par tous car, ne cherchant ni confort ni espace mais simple abri, des habitants l'utilisent comme habitation. Aucun doute, les clichés joints montrent les fenêtres dans l'ajout en briques (XIXe?) formant cette silhouette étonnante. Elle gît le long de l'Impasse de la Loucherie» dont les riverains ne sont pas même repris dans les annuaires car ce sont «des ouvriers».

16 mai 1940, les bombes allemandes anéantissent le centre historique et, des décombres, surgit la tour. Qu'en faire? Une fois le gros du ménage fait, la Ville s'en occupe. Première approche en 1952: «Conservons ce témoin du passé»; le 13 juillet 1953, discussion vive entre M. Hossey, partisan de la démolition «d'une tour dont la stabilité est très problématique et ne vaut pas la dépense» et le bourgmestre M. Casterman «soyons soucieux de notre patrimoine qui a déjà tant souffert» (NDLR: le pont des Trous en est nouvel exemple); renvoi en section.

Le 9 mai 1954, la majorité se rallie à la conservation, les adjudications donnent la préférence à la firme Leturcq, boulevard du Roi Albert qui avec offre à 376 545,50 francs. Le lundi 31 janvier 1955, les ouvriers sont à pied d'œuvre pour «une restauration complète soit la démolition de l'affreux étage en brique, le renforcement des fondations, la construction d'un toit et le rejointoiement total des moellons».

La tour de La Loucherie, l’histoire d’une ville s’y cache.