Des enfants juifs cachés à sa requête

Une biographie vient d’être consacrée à Pierre Harmignie, un prêtre carolorégien qui fit cacher des enfants juifs à Melles en 40-45.

Thomas Leodet
Des enfants juifs cachés à sa requête
harmignie.jpg ©Com.

Daniel Marchant a consulté de nombreuses archives pour livrer une biographie complète de Pierre Harmignie, une figure emblématique du diocèse de Tournai.

Nous l’avons rencontré.

Quel a été le point de départ de ce projet?

Il y a cinq ans, lorsque j’ai pris ma pension dans l’enseignement, j’ai reçu un appel du Père Sonveaux m’informant que l’évêché de Tournai cherchait à faire une biographie de Pierre Harmignie. À la demande du diocèse, j’ai entamé ce travail de plusieurs années comme bénévole. En tant qu’historien, j’avais envie de reprendre la recherche historique et cela tombait bien.

Quelle fut votre démarche?

J’ai consulté les archives paroissiales à la cure de Charleroi, au fonds Pierre Harmignie, où j’ai eu accès à des notes de cours d’étudiants de Pierre Harmignie lorsqu’il enseignait à Louvain.

Qu’y avez-vous découvert?

À travers ses cours, il a abordé un tas de sujets comme le nationalisme, le coût de la vie mais aussi des problèmes éthiques comme l’avortement. Il était très attaché à sa patrie et dénonçait la mégalomanie du capitalisme. Je suis parvenu à dégager son point de vue qui est un peu dans la lignée du pape François sur certains plans.

Avez-vous rencontré des gens qui l’ont connu?

Oui. J’ai rencontré des personnes âgées qui gardent toujours de l’admiration pour lui. Ma rencontre avec Marie-Thérèse Dufonteny en 2012 a été assez déterminante pour la rédaction de ce livre. À la demande de Pierre Harmignie, elle a conduit une vingtaine d’enfants juifs jusqu’à Melles, afin de les cacher.

Est-il vrai qu’il lui est arrivé de voler des aliments pour nourrir ces enfants?

Je pense que le vol est une exagération qui a été écrite. Il commandait de la farine bien au-delà de sa consommation personnelle par exemple et portait du pain aux indigents. Il s’est montré très engagé aussi lors des funérailles du bourgmestre rexiste Prosper Teughels où il s’est opposé au port de l’uniforme par la délégation.

Que sait-on de ses derniers instants?

Je me suis basé entre autres sur des lectures du procès des tueurs rexistes en 1946. Pierre Harmignie est resté serein par rapport à la mort qui arrivait. Jusqu’au bout, il a eu la volonté d’aider les autres otages et de les réconforter. Il a même dit qu’il souhaitait le pardon pour les assassins. C’était un homme à la fois humble et héroïque. Encore maintenant, il reste très apprécié à Charleroi.

Comment le diocèse a-t-il accueilli votre travail?

Tout s’est très bien passé. J’ai reçu un mail de Mgr Harpigny, évêque de Tournai, tout de suite après lui avoir communiqué le texte. Il n’y a pas eu de censure ni de modification.

Daniel Marchant, «Pierre Harmignie (1885-1944), fidèle ouvrier de l’Évangile», 400 pages, 29€, éditions Diocèse de Tournai Siloë.