Le Fantôme de la cathédrale

Le 31 octobre, Étienne Walhain improvisera aux grandes orgues tandis que l’on projettera «Le Fantôme de l’opéra» sur écran géant.

Géry Eykerman

Ce sera le soir d’Halloween. Pour une fois que cette fête importée prend du sens, profitons-en. Dans la cathédrale, le revenant du fond d’une cinémathèque: «Le Fantôme de l’opéra» un film américain de 1925 signé Rupert Julian, d’après le roman de Gaston Leroux. L’argument: une sorte de Quasimodo des caves de l’opéra tourmente une cantatrice dont il est amoureux…

Aux grandes orgues, Étienne Walhain «improvisera» comme cela se faisait au temps du muet. Un exercice qu’il a déjà pratiqué, à Halluin entre autres, et qu’il a aussi programmé pour Namur prochainement.

Détail surprenant, lui-même fut un «fantôme de la cathédrale». «Jusqu'au vol de la Croix byzantine, je jouais volontiers au cœur de la nuit. La veille du vol, j'y étais à trois heures du matin… J'ai dû m'en expliquer. Bien sûr le vol avait été commis de jour, mais j'ai quand même abandonné ces séances nocturnes…»

La configuration idéale…

Pour lui, les travaux de la cathédrale, en dehors de la poussière, c'est plutôt une aubaine: «ce qui est particulier pour l'instant, c'est que la cathédrale est dans la meilleure configuration qui soit. Elle est coupée au bout de la nef romane par une immense toile (NDLR. sur laquelle sera projeté le film) et donc le volume disponible correspond à la puissance de l'orgue.»

Contrairement à l'idée qu'on peut en avoir, le «Ducroquet (1854)» de la cathédrale est plutôt modeste par rapport à la taille de l'édifice. «Ici nous avons trois claviers et quarante jeux. À Notre-Dame de Paris qui fait la même taille que la cathédrale, il y a cinq claviers et cent deux jeux. Pour l'anecdote, j'ai eu l'occasion de jouer au Wanamaker (grands magasins) à Philadelphie. Là, c'est six claviers, quatre cents jeux…»

Une grande restauration

Évidemment, Étienne Walhain se garderait bien d'en demander autant à Tournai. Par contre il milite pour une vraie grande restauration du Ducroquet. « Si l'instrument n'avait pas été aussi bien conçu qu'il ne l'est, il serait perdu depuis longtemps. Je reconnais que désormais, il y a au moins un budget de maintenance. Mais de multiples petites réparations n'équivalent pas à une vraie restauration en profondeur. En certaines circonstances, l'orgue sonne faux. (NDLR. c'est sans doute une affaire de mélomane averti, mais Étienne Walhain sait se montrer convaincant). 2016 sera l'année d'un grand dépoussiérage, tuyau par tuyau. Ce n'est pas un luxe croyez-moi.»

L’organiste a même un autre rêve: l’installation d’un instrument contemporain en deux parties à la jonction de la nef romane avec le transept. Le clavier serait mobile. Au fond, la wi-fi c’est bien plus mystérieux encore qu’un simple fantôme.