Tournai: chaleur humaine pour les réfugiés

Un Tournaisien propose à ceux qui le souhaitent de parrainer des réfugiés. Son appel est assez largement entendu. Une première réunion a eu lieu lundi.

Christophe Desablens
Tournai: chaleur humaine pour les réfugiés
Réunion citoyenne parrainage réfugiés à Tournai ©ÉdA – 30227418246

L’ancienne salle des fêtes de l’école Notre-Dame, à Ere, était fort remplie ce lundi à l’occasion de la première réunion de l’association (de fait) «Tournai Refuge». L’assemblée répondait à l’invitation du pianiste tournaisien Fred Wilbaux à l’origine d’un appel assez original voire inédit en Belgique: envisager le parrainage par des Tournaisiens d’immigrants qui occuperont bientôt le futur centre d’accueil de la caserne Saint-Jean.

Pas question de se substituer d'une quelconque manière aux institutions qui travaillent dans le domaine au niveau des infrastructures ou de la logistique, insiste-t-il. «À tout ce qui existe déjà, et qui est notamment mis en place par la Croix-Rouge, avec qui on travaillera main dans la main et selon ses principes fondamentaux, on veut juste ajouter de l'humanité et du cœur».

250 candidats parrains et marraines déjà

Une bonne centaine de personnes ont pris place dans la salle pour dessiner les premiers contours du projet. Ils étaient déjà 248 à avoir exprimé sur internet leur souhait de devenir parrain ou marraine de réfugiés. Très vite, les réflexions portent sur la manière avec laquelle le contact pourra être établi avec les demandeurs d'asile. «C'est clair qu'on n'arrivera pas en bloc à 500 la première semaine; il faudra leur laisser le temps de s'installer et de trouver leurs marques avant d'y aller tout doucement», entend-on. Fred Wilbaux embraie, sur base d'une communication qu'il a eue quelques heures plus tôt avec la future direction du centre de Tournai: «Les gens de la Croix-Rouge sont hyper heureux de voir se constituer notre groupe. Mais ils préviennent: ces personnes ne sont ni des touristes, ni des SDF, il s'agit de gens anxieux voire terrorisés, dont un grand nombre a besoin de protection. Il faut donc bien prendre conscience qu'ils ne seront pas tous demandeurs d'un contact avec la population locale, et qu'il faudra mettre notre affectif à sa juste place».

Les questions se multiplient essentiellement sur la façon avec laquelle ce contact pourra être établi avec les réfugiés. «Pourquoi ne pas créer un annuaire chaleureux reprenant des photos, des dessins, des noms, pour nous présenter comme une grande famille», suggère une dame. «Ou alors échangeons de petits récits de nous et de nos familles pour nous présenter, et eux pourraient faire de même», avance un autre intervenant. Sa voisine prévient: «Ne sous-estimons pas la difficulté de communiquer: beaucoup d'entre eux parlent des dialectes locaux». Dans chaque centre ouvert créé en Belgique, est aménagé un grand espace collectif ouvert à ceux qui le souhaitent sous certaines conditions. «Y assurer une présence régulière et discrète, peut-être sera-ce la manière la plus naturelle de créer des contacts»

La discussion en revient systématiquement au fait de savoir qui sera en face de qui finalement? « La Croix-Rouge encadrera bien les choses, elle a une longue expérience en la matière. Elle veillera notamment à ce qu'il n'y ait aucune intention malveillante de part et d'autre», témoigne Fred Wilbaux. «D'après les contacts que j'ai pu avoir avec des personnes ayant vécu des expériences du genre, tout ne sera pas facile: il y aura des histoires magnifiques et d'autres désastreuses. Il y aura beaucoup de déceptions aussi, notamment quand des dossiers seront refusés. Autant le savoir…»

En fin de réunion, une dame résume avec émotion le sentiment général: «Si je suis ici, avec vous, c'est parce que je ne me voyais pas me rendre à la caserne toute seule sonner à la porte. Bien sûr que j'ai des craintes, notamment celle de savoir qui j'aurai en face de moi. Mais j'envisage les choses sans prétention: si je vois qu'on a juste besoin de moi pour apprendre quelques mots de français, pour cuisiner quelques gâteaux, ou partager une promenade dans les environs, je serai présente».

Pour adhérer à l’initiative et être tenu informé de l’action: tournairefuge@gmail.com