Santé mentale et logement : pas simple !

Les usagers de la santé mentale peinent à trouver un logement. Conséquence: ils doivent rester hospitalisés.

Denis Vanderbrugge

Le constat n’est pas vraiment neuf mais il n’en demeure pas moins interpellant. Pour les usagers de la santé mentale, trouver un logement s’apparente à un défi difficile à surmonter. Si bien que beaucoup sont contraints de rester hospitalisés, faute de trouver l’endroit idéal pour vivre de manière autonome.

La problématique faisait l'objet récemment d'un débat au sein du CRP Les Marronniers. Benjamin Delaunoit, directeur médical de l'institution, tirait à cette occasion un bilan inquiétant: «40 à 50% des patients psychotiques doivent rester chez nous car ils ne trouvent pas de logement, disait-il. Pour eux, trouver un toit demeure un rêve inaccessible. C'est problématique d'un point de vue médical mais aussi au niveau économique quand on connaît le coût que représente une hospitalisation en psychiatrie.»

Pourtant, le logement joue un rôle fondamental pour un individu. «Si on a une adresse, on a une identité sociale, disait le Dr Youssefi, médecin-psychiatre au CRP Les Marronniers. Sans logement, on n'est personne. Permettre aux gens suivis psychiatriquement d'accéder à un logement, c'est donc leur éviter le syndrome de la porte tournante; soit un retour constant dans nos institutions.»

Encourager les propriétaires

Selon le médecin-psychiatre, le problème réside dans deux facteurs. Le choix des patients en logement est d’une part très limité. D’autre part, ils sont mal préparés à faire le grand saut et ils ne bénéficient pas de l’encadrement nécessaire une fois qu’ils sont dans leur nouvel environnement.

Mais, mettre en place un encadrement pour permettre aux usagers de voler de leurs propres ailes apparaît tout sauf simple. «Le patient ne veut pas vivre dans une maison où se trouvent d'autres usagers. Il veut un soutien sans la présence d'équipes sur place. Il faut aussi l'accompagner en lui faisant confiance.»

Encourager les propriétaires à passer par le Relais Social Urbain ou l’AIS Tournai-Logement – le dernier cité offrant une garantie des loyers – apparaît comme une solution. Cela permettrait en tout cas d’augmenter l’offre et de donner une chance à un public qui ne s’en sortirait pas sans cela.

«Pendant, un moment, on s'est dit qu'il faudrait que les Marronniers achètent des biens pour placer des patients, confiait Benjamin Delaunoit, mais ce n'est pas la solution. Il faut plutôt s'intégrer dans un réseau qui est déjà existant, sans pour autant lui faire concurrence. Cela évite de créer des ghettos. L'intérêt de participer à un réseau global est d'ouvrir des portes aux patients en psychiatrie.»