La Ville se déclare, à l’unanimité, hors zone TTIP

Les conseillers ont consacré une heure à une motion concernant un accord international en gestation. Temps perdu ou temps gagné?

La Ville se déclare, à l’unanimité, hors zone TTIP
conseil ©EdA
Géry Eykerman

Un public fourni s’est déplacé à l’hôtel de ville. Ce sont des militants opposés au TTIP (connu aussi sous le nom de TAFTA), un gigantesque accord de libre-échange en gestation entre l’Union européenne et les États-Unis. La crainte qu’inspire ce partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, c’est de voir sanctifier les intérêts privés et réduire à rien la force publique. Avec les conséquences sociales que l’on devine.

Un texte venu du Collectif Roosevelt et Occupy Tournai

Vu de l’extérieur, on peut imaginer que ce n’est pas l’affaire d’un conseil communal. Ironiser sur le fait que le boss de la «World Company» va avoir très peur… Certes, et en même temps, s’il y a bien un pouvoir proche des gens, un pouvoir qui peut se faire le relais d’un souci des citoyens les plus faibles auprès d’instances plus puissantes, c’est le conseil communal.

Voici quinze jours, une citoyenne avait demandé un droit d’interpellation du conseil, mais ça lui avait été refusé. Cette fois, c’est pourtant bien le collège communal qui annonce une motion à ce propos. La base de débat, apportée par des conseillers PS, cdH et Écolo, est un texte rédigé par des membres du collectif Roosevelt Wapi et d’Occupy Tournai.

Renforcé par Rudy Demotte

À l'issue de la lecture par Xavier Decaluwé (cdH), Rudy Demotte expose son point de vue. «J'adhère totalement au fond, mais je proposerai quelques correctifs pour que ce texte soit imparable sur un plan juridique.»

Surtout, il invite aussi à en changer la tonalité. D’un texte défensif, on passe à un texte offensif. Là où on s’accroche à un minimum, il exige un maximum, soit s’aligner sur les normes supérieures en vigueur. Un exemple: huit conventions internationales régissent le droit du travail, les USA n’en ont ratifié que deux. L’idée c’est que l’Union européenne n’avance pas dans l’accord tant que les États-Unis n’adoptent pas les huit. Et si une norme sociale s ‘avé rait plus élevée aux États-Unis, alors que l’Europe s’engage à la respecter…

Un débat ouvert et serein

Après une suspension, le temps d’amender le texte en groupe restreint, tous les conseillers reviennent en séance pour une nouvelle lecture. Benoît Mat (Tournaiplus) suggère encore quelques ajustements. Les uns sont retenus, les autres pas.

Signe d’un vrai débat: alors que Geoffroy Huez (chef de groupe PS) dit sa préférence pour une formulation de «Tournaiplus» sur un point particulier, Rudy Demotte explique pourquoi, lui, préférerait qu’on en reste à celle que défend Écolo. Finalement, Benoît Mat, lui-même, se range à l’argument du bourgmestre.

Par la voix de Jean-Louis Claux, le MR se dit aussi satisfait du texte. L’aspect (méchant) «gouvernement fédéral» a été gommé au profit d’un plus neutre «autorités compétentes».

À l’arrivée, le texte est plus carré et pourrait servir de base à la réflexion de bien d’autres conseils communaux. Il est adopté à l’unanimité.

Les militants anti-Tafta ont été servis au-delà de toute espérance. Sans doute à leur grande surprise, si on en juge aux bruits qui couraient avant le début de la séance. Ils applaudissent les conseillers tournaisiens avant de se retirer.

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