Géographie des recherches textiles

Huit artistes expérimentent différentes techniques pour projeter le design textile dans un présent novateur. L’itinéraire vaut le détour.

Géographie des recherches textiles
art textile texte principal ©EdA
Françoise LISON

Les ateliers de recherche du TAMAT, au Centre d’art contemporain du textile de la Fédération Wallonie-Bruxelles, accueillent des boursiers chaque année. L’exposition en cours, «Recherches 14", permet de découvrir leurs travaux.

Poésie des aiguilles

Trois disciplines s’ouvrent aux candidats, durant plusieurs mois. Des guides les épaulent dans les domaines de la tapisserie, du textile, de l’installation: à chacun d’explorer une démarche de création, de tracer un chemin personnel, de les porter jusqu’au regard public.

Cyril Bihain traque la troisième dimension, celle qui permet d'habiter une structure en s'y faufilant, en la traversant. Ses échafaudages convoquent la légende, la cabane, le vêtement à une récréation insolente. Ainsi s'ébauchent des volumes floraux, organiques, librement figuratifs. Soul K., elle aussi, hèle des figures évadées de l'imaginaire collectif. Il y a des clameurs et du sang au vif de l'aventure qui suit la course de Chaperon rouge, la déferlante de la Méduse, les effrois de Médée. La cavale traverse les siècles et peuplades, au nœud de tapisseries interpellantes. C'est la science qui mobilise Sahar Saâdaoui, géométrie, chimie, algèbre en écho à un ludique Léonard de Vinci. L'artiste invente une possible galaxie aux codes chiffrés. Le nucléaire s'invite à une fantaisie burlesque, en phase avec l'autre mathématique. Olivia Mortier s'immisce dans le mystère des objets: que racontent ces fragments de porcelaine, surgis d'un désastre, d'un tourment? Chaque pièce a son histoire à elle, entre visage et viatique. CélinePrestavoine choisit d'approcher le polyester avec des pigments, des plages segmentées qui rappellent le grain ou la soie du tissu. Le visiteur se penche vers les surfaces toilées de vermillon et d'olive: comment rejoindre l'ombre en miroir? Caroline Gilleman provoque les volumes de papier, de caoutchouc, à l'aide de latex projeté: l'acrylique est un complice privilégié, aux veines échevelées. Un corps, une mue, une dépouille: que reste-t-il du geste quand il a tout donné? La fibre en porte la trace. Nathalie Van de Walle cherche la réponse qu'offrent les contrastes: lignes droites et brisées, blanc et noir, ordre et chaos, plans et aspérités. L'écho inonde le vide, le néant fait le plein d'émotions. Papiers, filets, maquettes, vestiges: un séisme a eu lieu.

Pour Olivier Reman,«le visiteur doit pouvoir se mettre à la place d'un pèlerin, d'un spectateur». Le thème de la ville occupe différents volets de son travail, «la cité imaginaire, avec ses ciels, ses reliefs, sa géographie, dans un cadre précis». En résonance avec des tapisseries du XVe , quatre bustes princiers sont coiffés de couronnes crochetées, symboles du pouvoir soumis à l'effilochage. Autant de jalousies à interroger dans l'écrin du musée, jusqu'au 26 octobre.

Entrée libre, place Reine Astrid, 069 234 285