« Notre pont des soupirs à nous »

Le devenir du Pont des Trous nourrit toujours l’actualité et sert de catalyseur pour revenir sur les trous, les p’tits trous, qui criblent la cité

Pierre-Emmanuel LENFANT, auteur dArcheologia.be
« Notre pont des soupirs à nous »
rencontre citoyenne ©ÉdA – 202296615444

26juin 2013 – Au lendemain de la «rencontre citoyenne», il semble opportun qu’un référendum soit organisé afin de permettre à tout un chacun, habitants du Tournaisis, de s’exprimer et de décider de l’avenir du monument.

«Le Pont des Trous est l'un des plus prestigieux vestiges de l'architecture militaire médiévale de notre pays. Il faisait partie de la seconde enceinte communale, percée de 18 portes, et défendait le cours de l'Escaut dans sa traversée de la ville». Le site officiel de la Ville de Tournai est explicite lorsqu'il décrit le Pont des Trous comme un monument exceptionnel, mais il n'est pas que cela. Pour le Tournaisien, il est un symbole auquel il est attaché en tant qu'identité culturelle.

La mise à gabarit de la traversée de Tournai – afin de permettre le passage de bateaux plus volumineux – constitue une évolution nécessaire au regard du développement économique que connaît notre région. Toutefois, cette traversée, et les conséquences qu’elle emporte tant pour le monument que pour la Ville, ne doit pas se faire à n’importe quel prix, encore moins, être le fruit discrétionnaire d’une décision gouvernementale.

Au vu des différents projets retenus, il semble opportun qu’un référendum soit organisé. Il sera l’occasion pour tout un chacun, habitants du Tournaisis, partisans et détracteurs, de s’exprimer et de décider en connaissance de cause de l’avenir de ce monument emblématique qu’est le Pont des Trous.

S’agit-il de privilégier l’audace architecturale? Doit-on préserver au contraire son identité et valoriser l’artisanat local de la pierre?

Pourquoi d’autres alternatives ne sont-elles pas envisagées (contournement,…)?

TROUnai, ville ouverte

En organisant l’arrivée du tour de France l’année dernière, Tournai a montré sa volonté de s’ouvrir sur le monde.

Alors, on ouvre de bon cœur.

Pas une rue qui n’ait été éventrée ou qui le sera. Et quand la tempête s’apaise et qu’un revêtement lisse laisse espérer une accalmie durable, ce sont les pavés qui s’émancipent. Et revoilà les petits trous.

TROUnai devient le vrai nom de la ville.

Il y a les trous de la guerre. 68 ans après les bombardements allemands, il y a encore des terrains non reconstruits.

Et les démolitions continuent. Il y a le trou de l’ancien cinéma qui s’expose comme son voisin le trou de l’hôtel De Cordes qui dans les années 70 s’est offert à la vue des années durant.

Il y a le trou de la cathédrale, résultat de fouilles nécessaires et intéressantes, mais qui ne sait que devenir.

Il y a le trou de la rue Perdue, devenu une caverne non utilisée.

Et puis, il y a le Pont des Trous, notre pont des soupirs à nous. On nous promet un vaste chantier pour l’agrandir ou le déplacer. On va trouer les quais pour élargir l’Escaut et creuser le trou du trésor public.

Où TROUver ce bel argent? Certainement pas dans la poche des commerçants que les TROUbles causés par ces travaux vont priver de clientèle.

Car les TROUpeaux de consommateurs iront acheter leur TROUsseau sous d’autres cieux.

Pleurons notre ville béante en parodiant le général:

«Tournai outragé, Tournai brisé, Tournai martyrisé, hélas! loin d'être libéré».