La machine à Léo

Sur une page Facebook de partage de souvenirs, de nombreux Tournaisiens ont évoqué les anciennes piscines de la ville.

Géry Eykerman

L’une s’est effacée depuis longtemps au profit d’un parking de centre commercial. L’autre, reconditionnée un temps en roller-park, cédera bientôt la place à des bureaux et du logement. De la première, on n’a pas oublié l’eau froide et le tremplin. De la seconde, le chlore et le vacarme… Passent en filigrane des silhouettes de maîtres-nageurs, des heures de jeu, de timidité ou d’audace, de compétitions… Il manquait cependant une authentique madeleine de Proust, de celles qui vous scotchent à l’enfance.

Soudain, elle arriva, non sous la forme d’une madeleine, mais d’une gaufrette chocolatée. Il y avait, à deux pas de la sortie, un distributeur, que nul ne connut jamais sous un autre nom que «la machine à Léo». J’entends encore le triple tchac de son maniement. Le premier lorsqu’on tirait le petit tiroir métallique contenant la précieuse friandise, le second quand après avoir prélevé le biscuit, on repoussait le tiroir, et le troisième, toujours avorté, quand on retirait sur le tiroir aussi prestement que possible dans l’espoir, jamais exaucé, qu’un nouveau Léo apparaisse… Quelqu’un avait dit que ça marchait… parfois.

Elle nous fascinait cette machine. Et elle nous divisait… Nous ne savions pas que nous y faisions l’apprentissage de la société de consommation. Il y avait ceux qui avaient les 5F nécessaires, et ceux qui ne les avaient pas. Ceux dont les parents ne devaient pas compter ou, à l’inverse, qui n’ayant pas trop le sou, n’auraient pas voulu que leur progéniture paraisse démunie. Ceux dont les parents comptaient vraiment, ou voulaient juste en faire un principe d’éducation…

Tout ça et tant d’autres choses encore dans cette machine à Léo !

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...