Un derby entre grosses défenses

Pas de festival offensif dans ce derby hennuyer occidental. Sur fond de stress, ce sont les défenses qui ont pris le pas sur les artilleurs. C.N. Tournai 5 D. Mouscron 7

M.F.

Les scores par périodes: 0-1, 2-1, 1-3 et 2-2.

L’équipe tournaisienne: Piat Rotsaert, Grégory Moronval, Olivier Huart, Alexandre Kubat (1), Vincent Ladavid, Guillaume Turbelin, Justin Kubat, Martin Bomba (1), Kevin Dehee, Nicolas Golejewski (1), Samuel Gomez (2), Valentin Neukelmance, Adrien Neukelmance.

L’équipe mouscronnoise: Karim Taleb, Nicolas Desmettre, Sammy Kints, Valentin Roussel, Mathias Zwart, Alexander Grman (2), Julien Donche (2), Gilles Sory (1), Ruben Bouckenooghe, Nicolas Desmettre (1), Baptiste Planchon, Maxime Lionne (1), Anthony Thues.

Côté mouscronnois, le petit doigt de Pavol Dinzik ne s'était pas ressoudé miraculeusement. Par contre, chez les locaux, les deux potentiels forfaits du soir étaient bien à l'eau. Guerre psychologique menée par le coach François Droulez? «Absolument pas!», réfute-t-il avec force. De fait, Vincent Ladavid portait bien sous l'œil droit le lourd stygmate d'un coup reçu la semaine dernière. Quant à Samuel Gomez, il sortait réellement d'une intoxication au CO, sa compagne ayant même dû effectuer un séjour sous caisson hyperbare à Lille.

Dix minutes, deux goals

Le début de rencontre se limita à une longue phase d’observation très peu fertile. Dans ce contexte toujours particulier du derby, la tension était palpable; et des bras tremblaient. Trois bois à Tournai, deux à Mouscron et quantité de tirs mal cadrés ou pointés sur le torse des gardiens: c’est presque le seul bilan que l’on pouvait effectuer durant le premier quart-temps. Il n’y eut qu’un penalty pour allumer le marquoir à 1’55 du terme. Concédé sur Thues, il est transformé par Grman.

Les piquets sont solidement muselés et les défenses agressent très haut les porteurs de ballon.

Cela se libère un peu en seconde armure au profit de Mouscron et des œuvres de Thues (0-2). Tournai rate alors sa première supériorité numérique, de ces «zones plus» qui seront la clef du match. Au total de la rencontre, Tournai n'en convertira qu'une sur cinq tandis que Mouscron réalisera un trois sur cinq.

À l’image de Rotsaert qui les lève judicieusement dans sa cage, le Cercle ne baisse pas les bras et Bomba réduit l’écart avant la mi-match entre quelques équerres et tirs inoffensifs (1-2). Le CNT se maintient à 3-4 après un quart d’heure en troisième période. Il gaspille cependant encore tandis que Mouscron fait preuve d’un petit plus de réalisme.

Résistance

Et l'on croit les «Dauphins» définitivement lancés quand ils prennent trois unités d'avance à six minutes du terme (3-6). L'on craint Tournai émoussé face à des Mouscronnois que l'on sait toujours plus redoutables en fin de partie. Mais un tir audacieux du jeune Alexandre Kubat évite un potentiel naufrage à ses troupes. L'écart restera de deux unités à la fin de la partie.

Un écart ténu pour un derby animé faute d’être spectaculaire. Une différence qui aurait pu être inversée si…

Les «Hurlus» sont déjà assurés d'être champions d'automne (fin du premier tour samedi prochain) tandis que Tournai plonge à la cinquième place, à trois unités des play-off. Une victoire est dans ce cadre impérative à l'AZC samedi prochain tandis les Dauphins recevront Malines.

Bon arbitrage, reconnu de part et d’autre.

Trois points ne voulaient pas dire totale satisfaction dans le chef de Gabo Gallovich, le mentor des Mouscronnois. «Les deux premières périodes ont été trop fermées. Mais on a bien réussi à défendre. Seul Gomez et Golejewski constituaient des menaces pour nous. N'encaisser que cinq buts, c'est bien; n'en marquer que sept, ça l'est moins.»

«Physiquement, je crois qu’on n’y était pas vraiment. On n’a pas su, comme on le fait parfois, imposer notre rythme. Pourtant, je suis certain que plusieurs fois on aurait pu tuer le match. Mais on sait que tout est toujours difficile dans cette piscine de l’Orient. Je ne sais pas dire vraiment pourquoi…»

Gabo qui louait la prestation de Karim Taleb entre les perches, répétait pour conclure que «dans un match très dur, l'essentiel avait été réalisé et cela en étant privé de Pavol Dinzik.»

« On se connaît super-bien »

Gilles Sory était pour sa part satisfait. «On n'a pas pu développer le jeu que l'on voulait. Mais on s'est bien tenus en défense malgré, encore, quelques petites erreurs. Ce que j'ai beaucoup aimé, aujourd'hui, c'est le calme dont tous les joueurs ont fait preuve même lorsqu'une décision arbitrale ne nous convenait pas. Rien à dire de ce côté-là. On s'est bien améliorés.»

Gilles n'espérait-il pas une plus grande différence? «Non, même si on en a eu la possibilité à un moment. Le problème, c'est qu'on se connaît super-bien.»

Et de souligner au final: «la qualité de l'adversaire qui malgré beaucoup d'agressivité de part et d'autre a développé un polo très propre.»

Alexander Grman disputait son premier derby. Une rencontre dont l’enjeu particulier prenait probablement moins de signification que pour ses coéquipiers.

Il soulignait l'attentisme qui a présidé à la première période: «Très calme… Tout le monde attendait ce que l'autre allait faire. Ça a été un match bizarre peu éprouvant physiquement en ce qui me concerne. Pour moi, ce sont les supériorités numériques qui font la différence.»

«On doit être satisfaits de notre bonne défense. C’est certainement dû à nos préparations contre Tourcoing.»

Grman semble en tout cas épanoui à Mouscron: «On n'est pas au niveau de ce que j'ai pu vivre en Slovaquie. C'est plutôt ce que j'ai connu en France. Je suis heureux de pouvoir m'associer à cette jeune équipe qui travaille et qui évolue lors de chacun de ses matches.»

François Droulez ne pouvait que regretter le gâchis offensif tout en louant la qualité de sa défense. «Avec un peu plus de lucidité, nous pouvions prétendre à la victoire. Offensivement, on a les individualités; il faut maintenant que l'on travaille notre collectif. Il faut amener la balle ensemble…» Son frère et président, Damien, ne pouvait qu'abonder dans ce sens, retenant un excellent Rotsaert et regrettant que «l'on n'ait pas tué le match alors qu'on en avait les occasions.»

Alexandre Kubat, auteur d'un superbe but, avouait avoir été un peu tétanisé par l'enjeu. «C'est vrai que j'étais stressé; il y avait trop d'enjeu. J'ai pourtant déjà disputé des derbies, mais ici c'était encore plus particulier. Toute l'équipe avait à cœur de montrer ce qu'elle valait et ça nous a peut-être bloqués. En plus, leur défense était vraiment difficile à passer…»

«Mais on n'est pas mort, insiste le jeune Cercliste. Personnellement, cela m'encourage pour l'avenir. Je me suis prouvé que je pouvais encore faire des choses après un début de saison moyen. J'ai été blessé en début de saison. Maintenant, je sens que ça revient.»

Ce n'était peut-être pas le jour d'interviewer Grégory Moronval qui a galvaudé plusieurs occasions de but. Il faut avouer cependant que lorsque Greg a tiré il a souvent dû le faire en dernier recours et dans des positions souvent difficiles. «J'avais été déçu par mes prestations à Malines et Eeklo avant de bien revenir face au Brussels et à Eeklo. J'avais retrouvé une bonne dynamique. Ici, on a dû nager énormément et quand on arrivait enfin devant, on était un peu moins pertinent. Je me remets vachement en question après ma performance de la soirée. Je vais encore y penser toute la semaine. Et je fonctionne beaucoup au moral…» Un défaut? «Non, je crois qu'il faut savoir se remettre en question. En plus aujourd'hui, on savait que ce serait compliqué…»

M.Fi.