L’éolien s’invite en campagne

Une conférence de presse qui tourne en débat entre les anti-éoliens et le ministre-président wallon, ça n’arrive qu’en campagne électorale!

Denis Vanderbrugge
L’éolien s’invite en campagne
Vent de Raison ©ÉdA – 201406134948

Conférence de presse pour le moins surréaliste hier en fin de matinée à la Maison de la Culture de Tournai. Le collectif «Vent de Raison» avait convoqué (avec insistance) la presse pour évoquer les arguments anti-éoliens qu’il avait développés quelques jours plus tôt lors d’une audition au Parlement wallon (et qu’il ne manque pas de développer à chaque réunion publique concernant un projet éolien).

À moins d’une semaine des élections communales, le choix de Tournai pour évoquer un dossier lié à la politique wallonne n’était pas le fruit du hasard. Dans la ville où Rudy Demotte, ministre-président wallon, est candidat bourgmestre, «Vent de Raison» était soucieux d’être entendu.

Ce qui était moins prévu, c'est l'arrivée inopinée de Rudy Demotte en personne à quelques minutes du début de la conférence de presse. À la grande surprise des conférenciers de «Vent de Raison», le ministre-président est venu écouter et répondre aux arguments des opposants. Son objectif: «rétablir la vérité» et «remettre les pendules à l'heure», dira-t-il un peu plus tard.

Car Rudy Demotte n'a pas été ménagé lors de cette confrontation improvisée. Il a été abondamment attaqué sur une déclaration de 2010 où il reconnaissait que la distance éolienne-habitation recommandée par l'Organisation mondiale de la Santé n'était pas adaptée à une région extrêmement urbanisée comme la Wallonie. «C'est inconcevable d'entendre cela de la part d'un ministre-président! Votre politique énergétique est désastreuse», rugissait un Luc Rivet au verbe agressif.

« République bananière »

Dans cet échange tendu, arbitré par les journalistes… et une Marie-Christine Marghem qui s'était entre-temps installée dans le public, il ne manquait bientôt plus que les noms d'oiseau. On y arriva presque lorsque le maire de Camphin-en-Pévèle Michel Dufermont, convoqué par «Vent de Raison», s'aventura dans une comparaison entre le processus décisionnel français (où les maires ont le pouvoir de s'opposer à des projets) et wallon en matière d'éolien: «En Belgique, ce processus est digne d'une république bananière», lâchait-il (NDLR. l'injure a toujours eu l'avantage de situer le niveau de celui qui la profère…)

Finalement, après un débat de politique régionale en pleine campagne des communales, chacun repartait presque content. Rudy Demotte d’avoir pu être contradicteur d’un argumentaire à charge et «Vent de Raison» d’avoir pu être entendu par le ministre-président.