Des champs de colza ravagés par patriotisme en 1943 dans la région de Péruwelz

Quand la campagne s’enflamme. Durant la seconde guerre mondiale, des champs de colza sont incendiés. Entre mouvement de résistance et vengeance ciblée.

Des champs de colza ravagés par patriotisme en 1943 dans la région de Péruwelz
Grâce aux archives de la Police générale sous l’occupation, une série d’histoires peuvent être (re)découvertes. ©© Archives de l’État

En juin 1943, la brigade de Gendarmerie de Péruwelz rapporte que plusieurs champs de colza ont été incendiés à Wiers et Braffes.

La culture de cette plante oléagineuse avait été massivement encouragée dès 1941 par la Corporation nationale de l’Agriculture et de l’Alimentation (CNAA), à grand renfort de propagande. Cette structure nouvelle était très mal perçue par les agriculteurs qui y voyaient une tentative d’étatisation inspirée par l’occupant allemand.

Une rumeur se répand alors, très vite reprise par "Radio Belgique" à Londres: la matière première, tant encensée par le CNAA, serait bientôt réquisitionnée par l’Armée allemande, à court de lubrifiants.

Il n’en faut pas plus pour voir des groupes de résistants, voire de simples cultivateurs en mal de patriotisme sans danger, incendier les récoltes.

Certains agriculteurs visés

Les cibles étaient-elles cependant choisies au hasard? Dans la majorité des cas, les agriculteurs soupçonnés de pratiquer des prix exorbitants au marché noir ou d’être des accapareurs sont visés. Comble de l’histoire, l’huile produite n’était en réalité pas vraiment destinée à la Wehrmacht…

Les auteurs des méfaits survenus à Wiers et Braffes ne seront, semble-t-il, jamais identifiés. Les procès-verbaux rédigés par la brigade de Péruwelz sont transmis à la Police générale du Royaume. Cet organe, créé en 1934, connaît un développement spectaculaire durant l’occupation allemande. À sa tête, Emiel Van Coppenolle, un homme partisan de l’Ordre nouveau et d’une centralisation des services de police en Belgique. Des dizaines de procès-verbaux d’événements extraordinaires vont donc affluer chaque jour à la Police générale du Royaume, de tout le pays.