Mouscron : l’insécurité est-elle bien réelle ou simplement exagérée ?

L’insécurité ou le sentiment d’insécurité, telle était la table ronde proposée par le PAC en présence d’une assistance importante.

Thomas TURILLON
Mouscron : l’insécurité est-elle bien réelle ou simplement exagérée ?
sécurité dans ville - table ronde staquet police ©ÉdA – 10730922994

Mardi soir, Présence et Action Culturelle proposait une table ronde dans le bar du centre culturel mouscronnois. La thématique, « Sécurité dans nos villes: réalité ou utopie ? », en compagnie des commissaires divisionnaires de Mouscron, Jean-Michel Joseph, et de Bruxelles-Ville, Luc Ysebaert, laissait supposer un moment passionnant. Rien qu’en regardant l’importante assistance suspendue aux lèvres des deux intervenants, on peut dire que ce fut le cas ! C’est que le débat était ni trop simpliste ni trop pointu. Les deux hommes ont abordé de grandes notions du travail de la police avant d’entrer dans le vif sur sujet.

M.Joseph a proposé d'imager ses propos par « une chaîne de la sécurité: il y a un maillon prévention, une police, un autre pour les poursuites… Si un maillon ne fonctionne pas, c'est toute la chaîne qui se brise » a-t-il indiqué, complété par M.Ysebaert visiblement inspiré par cet angle: « Cette chaîne est excessivement longue, allant de la législation qui fait la loi au juge qui l'applique. L'important est que tous les maillons soient forts ».

Tenir compte de l’insécurité subjective ou des chiffres ?

La thématique d'une sécurité en ville n'est pas un exercice évident à évoquer puisqu'elle dépend d'un facteur important bien présent au cœur du débat: la perception que chacun a cette fameuse sécurité… « Il y a les faits objectifs, soit les faits rapportés et les statistiques qui en découlent. Et puis il y a les faits subjectifs, c'est-à-dire la perception qu'à chacun de l'insécurité objective avec son sentiment d'impuissance. Il y a aussi le seuil de tolérance, soit la capacité d'acceptation des gens par rapport à un problème. Ce seuil de tolérance n'est, en plus, pas une notion figée dans le temps: elle peut évoluer avec le temps dans les esprits. Le niveau social et l'éducation participent aussi à cette compréhension, a indiqué M. Ysebaert qui dit insister auprès de ses hommes pour ne pas minimiser le moindre fait dont chacun pourrait être victime. Dans tel quartier de Bruxelles, un vol de dix voitures est gravissime pour sa population. Dans un autre, on ne trouve pas grave que quarante voitures soient volées… Tels sont les ressentis. L'important pour nous est de travailler sur ces ressentis où ils sont le plus mal vécu. » La vision est deux hommes a été présentée durant une heure et a été suivie d'une heure de questions abordant des sujets attendus. Les réponses données étaient tantôt satisfaisantes, tantôt démoralisantes… car la police doit jongler avec la loi et se retrouve donc parfois bien impuissante. On pense évidemment à l'agacement des débits de tabac et à la faune qu'ils amènent comme l'a évoqué Jean-Michel Joseph sans langue de bois: « Notre drame est qu'en France les commerces de nuit et les salles de jeux ne sont pas autorisés et c'est un arrêté préfectoral qui peut décider de la fermeture de bistrots à une certaine heure. En Belgique, tout est légalement autorisé et il y a donc un effet d'appel chez nous… » Un problème qu'on doit à la loi Laruelle de 2006 qui avait promis de modifier ce – trop ? – libre commerce. On attend toujours, cultivant en attendant l'insécurité (ou son sentiment !) dans nos quartiers. Une lueur d'espoir par un projet gouvernemental en cours pourrait changer les choses mais, en attendant, ni la police ni le pouvoir communal ne peuvent donc intervenir… Quelle conclusion retenir finalement de cette riche soirée ?« Le thème de la table ronde n'est pas utopie ou réalité mais de l'utopie à la réalité, autrement dit on doit corriger des choses mais on doit aussi apprendre à vivre avec un certain nombre d'autres… » a résumé M. Ysebaert. ¦

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