En parler au quotidien pour « se soulager »

Robert Deschryver, figure emblématique de Dottignies, a toujours entendu parler de la guerre au sein du foyer familial. Son père, Fernand, avait été prisonnier des Allemands. Il racontait souvent la vie qu'il avait vécue à Wolfsberg, le camp de concentration autrichien dans lequel il a été enfermé. « Tous les jours il y faisait au moins allusion. C'est comme si en parler le soulageait. » Aujourd'hui décédé depuis trois ans, Fernand Deschryver a laissé derrière lui un héritage précieux. Outre ce témoignage oral, il a légué à son fils de nombreuses photos de la seconde guerre, mais aussi un petit carnet dans lequel il raconte son état d'esprit. « C'est un petit agenda vert de 1940. Chaque jour, il écrit les endroits où il est emmené. Il y explique la faim qu'il ressent, les corvées qu'il a dû faire pour avoir un peu de nourriture ou les cigarettes qu'il échangeait contre un morceau de pain. Au départ, c'est écrit à l'encre. Une fois qu'il n'en avait plus, les commentaires s'espacent et ne réapparaissent que lorsqu'il trouve de quoi écrire quelques mots. » Le carnet de route de Fernand Deschryver comporte aussi la liste de ceux qui sont à ses côtés. Parmi eux, de nombreux mouscronnois, comme Albert Vanonacker. « Leur atout était de connaître le néerlandais. Les Allemands étaient persuadés qu'ils collaboreraient plus facilement. En janvier 1941, ils ont libéré mon père. Il pouvait rentrer à Dottignies à condition d'être de leur côté. Après un rude retour à pied, mon père n'est resté qu'un jour ou deux à Dottignies. Quand la Gestapo est venue le chercher (car il ne comptait pas collaborer), il avait fui dans une ferme d'Arc-Ainières avec d'autres réfractaires. Il y est resté presque jusqu'à la fin de la guerre, avant qu'ils ne soient repérés par les Allemands et emmenés à Tournai, le long du boulevard Léopold. Trois jours après, l'Allemagne a capitulé. Sans ça, mon père aurait été fusillé. » Des histoires familiales précieuses qui, bout à bout, permettent de reconstruire l'histoire. Fort de ce patrimoine, Robert Deschryver voudrait retourner visiter le camp où son père a vécu un moment interminable de sa vie et diffuser au plus grand nombre les images laissées par son père défunt.

Audrey Ronlez
En parler au quotidien pour « se soulager »
11264570 ©© Fernand Deschryver