Les gens des Collines aiment Jean

Serait-il passé à côté d'une carrière professionnelle et d'une renommée plus grandes ? Mais sa peinture symbolise une région : ça, c'est la fierté de Jean Patte.

Pascal Lepoutte
Les gens des Collines aiment Jean
11235896 ©© EDA

D'un geste décidé mais précis, Jean Patte répartit dans les rares espaces encore disponibles de sa Peugeot 309 rouge, les toiles dont certaines d'un imposant format composant l'actuelle double exposition accessible à Frasnes. Qu'il n'ose plus présenter comme la « dernière », sachant bien qu'on ne le croira pas ! Le Montroeulois continue à s'affairer, tout en s'excusant de ne pouvoir nous accorder un peu plus de temps... L'artiste à la sympathique barbe blanche est un homme pressé, mais heureux : « J'ai la chance d'être en bonne santé et je prends toujours autant de plaisir à peindre ! »

Un petit naïf

L'ancien décorateur, curieux de tout, apprécie les contacts humains. Ses amis et ses acheteurs, deux catégories qui finissent par se confondre, disent de lui qu'il est le meilleur peintre du Pays des Collines : « Parce que je peins mes paysages sur place, en les stylisant, en les rendant un peu poétiques et naïfs . ..» Naïveté intellectuelle qu'il assume entièrement, comme ce souci constant d'aller vers l'abstraction, de faire ressentir par ses couleurs une certaine chaleur. Même si parfois, les vaches sont bleues ou qu'un petit nuage vient troubler la quiétude du tableau : «Il y a une belle unité. Ça se tient ! Je suis content... »

Hameau des Papins, Dieu des Monts, Bourliquet... en traversant la région en voiture, des Bruxellois (qui figurent parmi ses « protecteurs ») lui confient retrouver ses peintures, qui caractéristiques si bien ce pays. C'est la patte Patte, en quelque sorte !

Dans la sélection, quelques paysages industriels ou le moulin de Froyennes devraient satisfaire les connaissances tournaisiennes de l'artiste.

Des groupes de cornemuseux ont pris le relais des coqueleux, crosseurs et autres tireurs à l'arc issus du folklore local : « Ma première oeuvre a plu. Je continue...

Ici, j'ai ajouté les danseurs, et cette petite fille qui semble inviter les spectateurs à la rejoindre dans sa passion...

»

Pas étonnant que cet amoureux de Renoir cite les impressionnistes parmi ses influences : « C'était une période bénie, la joie de vivre, des rayons de soleil, des touches vraiment très adroites. »

Dans les années 60, Jean Patte avait bien réalisé quelques peintures abstraites sur le thème du Carême de partage « mais je ne me sentais pas à l'aise dans ce style », explique celui qui a bien conscience que les galeristes et les responsables culturels de 2010 ne le situent pas « dans le courant novateur ».

Une première

Les marines d'Espagne, du Portugal, de Bretagne... rappellent une période particulièrement heureuse, « celle des voyages avec mon épouse Josée» . Dont les graves problèmes de santé lui feront, par la suite, réduire considérablement sa production artistique.

Aujourd'hui, c'est reparti !

En témoigne cette dizaine de paysages enneigés peints en janvier dernier, notamment de la fenêtre de sa maison à Montroeul-au-Bois, bloqué chez lui, , par le verglas : « Je n'avais jamais fait de peintures blanches ! On ne dévoilera pas son âge parce que c'est dans la tête, la jeunesse n'ayant rien à avoir avec la date du certificat de naissance mais Jean Patte était étudiant aux Beaux-Arts de Bruxelles pendant la seconde guerre mondiale. «J'aimerais me remettre à peindre des choses comme ça », confie l'artiste, en redécouvrant dans son album les photos des clairs obscurs inspirés des affres de la guerre.

Les années n'affectent pas sa création : « Je travaille sans doute plus lentement, mais ça ne change rien, fondamentalement. Même que c'est peut-être mieux !

Ce tableau, je l'ai encore terminé en une journée. L'expérience m'a permis une évolution, une spécialisation dans un type de paysages. Les gens des Collines m'apprécient.... Je continuerai donc à trimballer mon chevalet et mes pinceaux, un peu comme un comédien qui a décidé de mourir sur scène.

..»

L'exposition frasnoise (une grosse trentaine d'oeuvres) illustre les six premières décennies d'activités du peintre.