Julien, le brasseur de mémoire

Julien Loix allie la rigueur scientifique à un enthousiasme débordant. Toutes les pages écrites servent la vaste mémoire de sa région.

Françoise Lison

Il est l'homme de la situation quand il s'agit de boucler un travail de recherche, d'obtenir un renseignement sur une société locale ou sur la «Terre de débats». Julien Loix est intarissable : sa passion pour l'histoire et la généalogie a fait de lui une bibliothèque vivante.

Récemment, un grand projet collectif a mis en évidence la maison natale de Julien Loix. Magnifiquement orchestré par le Centre culturel du Pays des Collines, le spectacle «1918, La Route du Casino» a séduit un large public. C'est dans ce lieu chargé d'histoire que nous avons rencontré notre hôte.

Si cette maison pouvait parler...

Elle en dirait long sur Flobecq ! Ici ont vécu des adjoints de Napoléon, des juges, des brasseurs... La maison date du XVIe siècle. C'était une ferme qui comprenait trois bâtiments. Au XVIIe, on cultivait la vigne ici, l'exposition au soleil étant favorable. Une partie de la maison fut réquisitionnée par les Allemands en 14-18. J'ai interrogé les témoins, glané quantité d'informations.

Tu as réalisé un journal de campagne ?

J'ai rassemblé des anecdotes, notes manuscrites, photos et documents dans un cahier. Ma tante a vécu ici jusqu'en 42 et se souvenait de beaucoup de choses.

Je voulais comprendre comment ma grand-mère avait vécu ces moments d'occupation. Les Allemands avaient fait main basse sur la poste, la gare, le télégraphe... Ici se tenait un majordome, genre alsacien, qui baragouinait le français. Les enfants l'appelaient Toune. Il leur donnait parfois des biscuits de chien, à l'insu des parents.

Et la philatélie ?

Je suis bibliothécaire honoraire du Cercle de Philatélie d'Ath, dont je suis membre depuis une cinquantaine d'années. Les timbres sont des témoins, eux aussi. Déjà en 17, sur les timbres belges, on avait supprimé le français pour faire plaisir aux Allemands : Belgien. Et le mot «centimes» est devenu «cent», au singulier. Une figure de femme allemande pose sur chaque timbre. Et cette particularité : des initiales perforent le papier, à qui appartiennent-elles ?

Des passions d'aujourd'hui ?

Le temps se partage entre cette activité de philatéliste et la recherche.

Il m'arrive également de rencontrer des écoliers, des associations afin de transmettre ce que j'ai appris à découvrir au fil des années.

Aidé par quelques historiens, je fus autorisé un jour à mettre de l'ordre dans les archives de l'Administration communale de Flobecq. Et une autre passion, c'est mon épouse !

Tu t'attaches à la sauvegarde de la mémoire locale ?

Je constitue des albums entiers de photos et de documents. Depuis toujours, je me promets que ceux qui souhaitent, plus tard, prendre connaissance de ce qui s'est passé à Flobecq et aux environs, auront matière à consulter.

Parce que quand on fait des recherches, on manque toujours d'éléments concrets.

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