Après le cancer du sein: plus belle la vie?

On peut avoir eu le cancer du sein et en parler avec légèreté. C’est le parti pris de Véronique Patte, coordinatrice d’un livre et d’un site internet.

François Descy
Après le cancer du sein: plus belle la vie?
saint sein people.jpg ©© dyod.be

«Tant de gens ne vivront jamais la maladie et parmi eux tant de gens ne vivront pas tout court. C'est étrange mais je considère que ce qui m'est arrivé est inscrit au registre des bénédictions déguisées.»

Étranges, en effet, ces considérations de Véronique Patte, qui sort d'un cancer du sein et qui, avec 24 autres femmes, belges pour la plupart, témoigne de son vécu dans un livre appelé «Histoires de seins. Témoignages, conseils et prévention du cancer du sein.»

Mais que l’on n’aille pas croire qu’on est ici dans l’eau de rose. Ou dans la spiritualité de grand bazar.

«Histoires de seins»

Certes, le point commun des 25 témoignages du livre est qu'il exprime «une foi dans la vie, une renaissance au monde, en étant différente, peut-être plus vivante, voire plus que vivante», mais ils ne font pas l'impasse sur les souffrances, sur les angoisses.

«La maladie n'est jamais une expérience facile et le cancer du sein reste la première cause de mortalité par cancer chez la femme, insiste Véronique Patte. Mais on en meurt de moins en moins. Et le produit qui m'a empoisonné, qui m'a fait perdre mes cheveux, est aussi celui qui allait me sauver. On m'a dit que j'avais été courageuse. Mais vous n'avez pas le choix d'être courageuse si vous voulez vivre. Je n'ai pas eu le choix non plus de perdre mes cheveux, mais c'est finalement bien peu de chose par rapport à la guérison.»

Un chapitre d'«Histoires de seins» est consacré aux facteurs de risque du cancer. Véronique Patte était-elle un terrain favorable à cette maladie? «Même si le monde médical reste très cartésien -une cause, un effet – le cancer est aussi lié aux émotions, répond-elle. Or j'étais assez angoissée, anxieuse, avec un mental en surchauffe. Du point de vue alimentation, je n'avais pas une vie saine. Et, après la naissance de ma fille, je n'ai plus fait de sport.»

Aujourd’hui, Véronique Patte nage. Fait de la remise en forme dans une salle de sport. Et porte davantage son attention à ce qu’elle mange et boit. Même si elle n’a pas craché sur les bulles quand elle a appris qu’elle était en rémission.

Leurs propres angoisses

Elle est aussi une adepte de techniques de mieux-être, selon lesquelles «il faut avoir la foi en la force créatrice qui est en nous». Déjà avant sa maladie, elle avait rencontré une personne qui avait suivi un programme de bien-être à portée énergétique. «J'ai constaté combien ça l'avait transformée, dans le bon sens, raconte Véronique Patte. Je me suis alors formée à ces techniques, lesquelles ont contribué à me porter pendant ma maladie».

Sur sa nouvelle carte de visite, elle se présente comme «agent facilitateur de bonheur et succès».

Ce qui l'a aussi portée, c'est le soutien de proches et de moins proches. Bien sûr, il y a les rencontres «déstabilisantes, avec des gens qui viennent avec leurs propres angoisses quand ils apprennent que vous avez le cancer». Mais il y a aussi des rencontres inattendues. Comme avec ces femmes dans les salles d'attente «qui parlaient de façon positive de leurs histoires de cancer et qui ont donné l'idée du livre». Ou comme avec Joëlle Milquet «qui a été là tous les jours, avec des petits messages ou des petits gestes». «On n'imagine pas comment cette femme est humaine, dit Véronique Patte. Quand on lutte contre le cancer, on a besoin de gens comme ça.»