Reliure d’art : la haute couture du livre

La reliure est toujours un métier à la page. Élise Van Rechem ouvre son atelier pour le prouver; travaux pratiques à la clef.

Fanny GERRAERTS
Reliure d’art : la haute couture du livre
Reliure ©ÉdA – 201921977738

Un atelier de reliure. Ces mots évoquent des images de moines copistes et de grimoires anciens. Pourtant, à l'occasion du week-end Wallonie bienvenue ces samedi et dimanche à Ellezelles, Élise Van Rechem va dépoussiérer l'image de la reliure, dont elle a fait sa profession, en ouvrant les portes de son atelier de reliure d'art.

« Peu de personnes savent que ce métier existe encore, sourit la jeune femme. Mon approche de la reliure est très contemporaine. Je suis perpétuellement en recherche de nouvelles formes, de nouveaux systèmes, de nouveaux matériaux à utiliser.»

Cette passion pour la création, l'Ellezelloise la développe depuis aussi longtemps que ses doigts sont capables de tenir un crayon. « J'ai toujours aimé dessiner, assembler des choses. Je fais des aquarelles depuis mes 11 ans. Petite, après l'école, j'allais dans l'atelier de mon grand-père, orthopédiste, pour y sentir l'odeur du cuir et de la colle et bricoler avec ce que je trouvais. J'ai toujours été attirée par les métiers où on fait quelque chose de ses mains

C’est au détour d’un chemin de traverse de son parcours scolaire qu’elle découvre sa véritable vocation

«J'avais commencé des études supérieures de graphisme à Saint-Luc, mais le rythme élevé de production ne me convenait pas: je m'attardais déjà trop sur les détails. Je devais faire appel à un relieur pour relier certains de mes travaux et c'est dans un petit atelier de Tournai que ça m'a fait tilt: c'est ça que je veux faire!»

Élise s’embarque alors pour cinq ans d’étude artistique à La Cambre, à Bruxelles, où elle donne aujourd’hui des cours (ainsi qu’à l’atelier du livre de Mariemont) en plus d’exercer son métier dans son atelier, à Ellezelles.

«J'ai aussi suivi des cours de dorure et de restauration de livres. Cette formation très complète me permet de toucher à tout, de trouver des solutions à toutes les situations. »

Minutie et créativité

L'une des activités les plus prenantes de la relieuse est bien sûr la création de nouvelles reliures pour protéger et décorer des ouvrages de valeur. «Ce sont des bibliophiles, des collectionneurs, qui font appel à mes services, parce que ce sont des commandes coûteuses. Ils souhaitent mettre en valeur le livre, l'habiller en quelque sorte, avec une création, en plein cuir, accompagnée d'un étui.» Cet art devient alors comparable à de la haute couture, conçue sur mesure pour le livre. « La couverture doit montrer à la fois mon propre style et respecter l'ouvrage. Ça doit donc rester sobre. Je crée donc un décor. J'aime teindre mes cuirs et papiers, travailler les couleurs, mais aussi les structures et combinaisons. »

Outre le travail de recherche, la reliure requiert un long processus de fabrication, très minutieux. Du décrochage et remontage de la couverture d'origine à l'intérieur jusqu'à la reliure du cuir poncé, de nombreuses étapes intermédiaires sont nécessaires. «Je dois «scier le livre» pour former les trous, faire la couture, arrondir le dos au marteau, battre les mors à l'étau, faire tout un travail de ponçage du cuir pour la parure,etc. À la fin, on ne voit pas tout le travail qu'il y a eu autour, puisque la complexité est justement de le cacher. » Plus d'une semaine de travail pour obtenir un tel résultat. Mais tous les travaux de la relieuse ne sont pas de cette ampleur. «Une feuille pliée, c'est déjà un livre! Ca a un côté magique. Je fais des petits carnets d'écriture que je vends à certaines occasions, comme ce week-end. Des albums de photos à la commande, des reliures pour des tirages limités de petits éditeurs, du design aussi. On m'a confié une valise à restaurer récemment. Je participe à des concours de temps en temps, pour avancer dans mes propres recherches. La diversité des travaux, c'est aussi ce qui me plaît dans ce métier, avec le côté artistique et la minutie. J'ai maintenant un œil très aiguisé: je peux déceler qu'un carton n'est pas droit à un dixième de millimètre près. Il faut beaucoup de rigueur dans les mains pour obtenir l'harmonie. » Ces techniques précises nécessitent un havre de paix permettant d'atteindre le niveau de concentration. Élise ouvrira le sien ce week-end. Avis aux curieux.