Templiers : Cambier vs Cambier

Doyen de Leuze, l’abbé Francis Cambier affirme que le philologue ellezellois Rudy Cambier « manipule l’Histoire ». Voici l’essentiel de ses arguments.

François descy
Templiers : Cambier vs Cambier
découvertes parchemins ©frédéric delforge

«Manipuler l'Histoire pour priver quelqu'un de son droit est quelque chose qui m'irrite beaucoup».

Doyen de Leuze, mais passionné par l'histoire locale d'Ellezelles dont il est originaire, Francis Cambier prend fait et cause pour Freddy Vanderdonckt, le fermier bio bien connu de Wodecq.

Nous l'avons expliqué dans nos colonnes: M.Vanderdonckt voudrait vendre des terrains pour un projet de lotissement mais un autre Wodecquois, Rudy Cambier, s'y oppose de toutes ses forces car il affirme dans des livres qu'on se trouve sur un important site templier (lire la cadrée «Vite dit»).

L'abbé Cambier ne se prétend pas historien mais travailler dans les archives est pour lui «une détente, une passion». Récemment, lors d'un colloque, il a connu sa petite heure de gloire, en révélant aux spécialistes du peintre de le Pasture quelque chose qu'ils ignoraient tous.

Voici les principales raisons pour lesquelles le doyen de Leuze parle de «manipulation».

1. Nostradamus inspiré par d'autres qu'Yves de Lessines. L'essentiel de la thèse de Rudy Cambier est que le prophète Michel de Nostredame a volé et recopié un texte écrit deux siècles plus tôt par Yves de Lessines, abbé de l'abbaye de Cambron. Un texte racontant la déroute des Templiers et leur itinéraire dans la région des Collines. Francis Cambier s'est plongé dans un ouvrage de Pierre Brind'amour, «Les premières centuries ou prophéties» (Librairie Droz, Genève, 1996). Selon lequel le deuxième quatrain des Centuries a été «pompé» dans un passage du «De honesta disciplina» d'un érudit de la Renaissance, Petrus Crinitus, mort à Florence en 1507. Selon Rudy Cambier, c'est dans ce deuxième quatrain qu'Yves de Lessines signe son œuvre. Pourquoi l'abbé Cambier croit-il Pierre Brind'amour et pas Rudy Cambier ? «Le premier multiplie les références littéraires, le second ne fait qu'affirmer des choses, dit-il. Par exemple, Rudy Cambier ne dit pas quelle édition des Centuries il étudie, ce que fait Pierre Brind'amour.»

2. Yves de Lessines n'est pas Yves des Pretz.«Le divin prés s'assied»est-il écrit dans le même deuxième quatrain des Centuries.«Rudy Cambier y voit la signature du véritable auteur du texte, à savoir Yves des Pretz, fils de Jehans des Pretz, châtelain de Lessines. Si Yves de Lessines a bien été prieur puis abbé de l'abbaye de Cambron – cela est attesté par les archives de Cambron conservées à l'archevêché de Malines – je dis, moi, que le chroniqueur sur lequel se base Rudy Cambier – dom Marc Noël, religieux à Cambron au XVIIesiècle – a touillé.»«Tout ce qui est ancien n'est pas nécessairement vrai» dit le doyen de Leuze, qui se lance dans une longue argumentation, impossible à résumer ici, dont la conclusion est que Marc Noël a fait de «de Lessines» un patronyme alors qu'il s'agissait de la désignation d'une origine, «la ville de Lessines».

3. Noms de lieux: «un peu facile». C'est un des principaux arguments de Rudy Cambier: il y a dans les Centuries une telle concentration de noms de lieux qui évoquent la région d'Ellezelles que cela ne peut-être le fruit d'un hasard. «Vu la fluctuation du nom des lieux-dits à travers les siècles, je suis presque sûr qu'on pourrait trouver de telles concentrations dans d'autres textes, pense Francis Cambier. Près de Romedenne (Philippeville), il y a des endroits qui s'appellent Chine et Congo… Dire, comme le fait Rudy Cambier, que Pyrénées signifie près de Renaix etAthensis c'est Ath, je trouve ça un peu facile…Dire que l'endomaine est le domaine d'Inde de Wodecq relève de la fantaisie: l'endomaine c'est l'indominacum, le domaine du Seigneur, qui se trouvait sur le territoire de Saint-Sauveur et qui était la propriété de l'abbaye Saint-Amand-les-Eaux. Dans la carte Villaret de 1748, très peu connue dans notre région, on parle deBlanche Couchette alors que Rudy Cambier explique que le trésor des templiers serait caché au Blanc Scourchet. S'agissant de la maison du Blanc Scourchet,observons que celle-ci est en brique alors que tous les bâtis d'abbaye du XIVesiècle étaient en pierre.»¦