Une page se tourne enfin

Vendredi, la cour d'assises a reconnu Carine Natalino coupable de tentative d'assassinat. Elle est condamnée à sept ans de prison.

Lisa GLENN

Sur le coup de 14h ce vendredi, le président de la cour d'assises, Jean-Francis Jonckheere, a prononcé l'arrêt concernant le jugement de Carine Natalino. Accusée de tentative d'assassinat sur Dany Coton, elle a été reconnue coupable et condamnée à sept ans de prison. La dame de 43 ans originaire d'Estinnes est condamnée pour des faits survenus le 3 janvier 2004. Quelques jours auparavant, son époux, Philippe Delattre, apprend que sa femme entretient une relation extraconjugale avec Dany Coton. Le mari réagit très violemment en apprenant son infortune et dans un premier temps agresse verbalement et physiquement son rival. Mais ce qui était au départ un adultère va virer au cauchemar. Le matin du 3 janvier 2004, le couple Delattre-Natalino décide d'exécuter ce qu'il pense être la source de ses conflits : l'amant de l'épouse. Philippe et Carine se rendent alors à Wodecq. La femme attire la victime à l'extérieur de la maison et la menace arme à la main. Dany Coton s'enferme chez lui dans un premier temps, mais se sent rapidement en danger quand il réalise qu'on tente de pénétrer chez lui. Il s'enfuit et se croit sauvé, mais il tombe nez à nez avec Philippe Delattre qui lui tire une balle dans le ventre de sang-froid. Deux autres balles toucheront Dany Coton. Le couple quitte les lieux, laissant l'homme pour mort. Ce dernier échappe « par miracle à la mort » comme le soulignera à plusieurs reprises l'avocat général André Dessart pendant le procès. Les époux auteurs des faits sont arrêtés. Une enquête de police débute ; de nombreuses dépositions sont engrangées. Philippe Delattre reconnaît les faits, mais insiste pour dire qu'ils ont été commis avec son épouse. Cette dernière acquiesce, puis se rétracte et maintient depuis la mi-janvier 2004 qu'elle a agi sous la contrainte de son époux.

Un absent dans le box

des accusés

Au cours de sa plaidoirie jeudi en fin de journée, Frank Discepoli, avocat de Carine Natalino, a demandé aux membres du jury d'imaginer quelques instants Philippe Delattre assis aux côtés de sa cliente dans le box des accusés. Celui-ci ne comparaissait pas car il s'est donné la mort en août 2004. Certains mettent ce geste sur le compte de la culpabilité, d'autres sur celui de la lâcheté. L'avocat s'est interrogé sur ce qu'aurait été ce procès si Philippe Delattre était en vie. « Je me demande vers qui se seraient tournés tous les regards, à qui se seraient adressées les questions des jurés... Je pense qu'elles auraient été encore plus nombreuses. » Mais le procès dont il a été question n'était pas celui du feu coauteur des faits.

La cour a motivé sa décision par le fait que Carine Natalino avait servi délibérément d'appât pour l'exécution de Dany Coton, qu'elle était donc tout à fait responsable dans l'entreprise criminelle de liquidation de son amant. La cour a également souligné l'absence complète de remords et de prise de conscience de sa responsabilité par rapport aux faits. Pour le prononcé de sa peine, elle a également tenu compte de l'écoulement du temps entre le moment des faits et le procès et a noté que depuis sa sortie de prison en septembre 2004, Carine Natalino s'était relativement bien réinsérée et ne présentait pas de danger de récidive.

Après la lecture de l'arrêt, Jean-Francis Jonckheere a tenu à s'adresser aux victimes. « Au nom de la cour, je tiens à vous présenter des excuses pour ces cinq années d'attente avant le procès. Aujourd'hui, le jury vous souhaite de pouvoir enfin tourner la page. »