Je voudrais que tu me pardonnes

Hier matin, la cour a entendu Dany Coton, victime de la tentative d'assassinat dont est accusée Carine Natalino. Cette dernière a exprimé des regrets.

Je voudrais que tu me pardonnes
572197 ©(photo Belga)

Pendant un peu plus d'une heure, magistrats, avocats et jurés ont entendu le témoignage de Dany Coton, victime d'une tentative d'assassinat le 3 janvier 2004 à son domicile à Wodecq (Ellezelles). L'homme est tout d'abord revenu sur les circonstances de sa rencontre avec Carine Natalino. « À l'époque, je travaillais dans un magasin à Carnières, quelques semaines avant que je termine mon contrat, j'ai fait la connaissance d'une nouvelle ouvrière, Carine. J'ai vite remarqué qu'elle était souvent triste, je pensais que c'était à cause du travail. Je lui ai alors proposé mon aide, nous avons ensuite fait connaissance. » Au fil des jours, Dany et Carine nouent une relation qui va au-delà de l'amitié. « Quand êtes-vous devenus intimes ? », interroge le président Jean-Francis Jonckheere. « À la fin de ma dernière journée de travail, Carine est venue me dire au revoir, elle m'a embrassé. » Les deux personnes vont alors devenir amants et se voir en cachette. « Pour ma part, je savais que c'était un amour impossible car nous étions tous les deux mariés », confie-t-il à la cour. Il répond affirmativement au président quand il lui demande s'il avait pour habitude de se rendre au domicile de Carine Natalino à Estinnes.

Le président demande également à la victime si l'accusée s'est confiée sur ses problèmes avec son époux, Philippe Delattre. « Elle me racontait certaines choses, mais pas tout. » Dany Coton explique ensuite que Carine lui dit qu'il est beaucoup plus tendre et gentil avec elle que son mari.

Mais ce qui, au départ, ressemblait à une idylle de jeunes amoureux va mal tourner. « Un soir, le 22 décembre 2003, je lui ai envoyé un sms pour lui dire que j'étais bien rentré du travail ; j'ai reçu une réponse me demandant de me rendre sur le parking du magasin Trafic à Ath. » Un homme piégé Le 22 décembre 2003, Carine apprend à son mari qu'elle entretient une liaison avec Dany Coton. À la tombée de la nuit, le couple Delattre-Natalino rencontre Dany à Ath. « Je me suis vite aperçu que Carine n'était pas seule. Je suis resté dans ma voiture. Son mari s'est approché, m'a insulté et a commencé à me frapper. Je me sentais très mal, j'ai crié que je ne voyais rien, il m'a de nouveau frappé avec une barre de fer ; j'étais persuadé qu'il m'avait rendu aveugle. » Dans son récit, Dany Coton dit que Carine Natalino est restée en retrait et qu'elle a ensuite demandé à son époux d'arrêter les coups. La victime se rend directement à l'hôpital, les secours, alertés par son état, préviennent la police. Dany Coton porte plainte. Par deux fois, les 24 et 29 décembre, Philippe Delattre se rend chez Dany Coton en lui demandant de retirer sa plainte. « Je ne voulais pas, je lui ai dit qu'il m'avait fait trop mal. Il a alors eu des réactions violentes et m'a insulté et frappé. » Un véritable cauchemar La majeure partie du témoignage a été consacrée à la journée du 3 janvier 2004. « Un samedi matin, j'étais seul chez moi, raconte Dany Coton. Mes deux aînés dormaient à l'étage, mon épouse s'était rendue au travail avec notre cadet. Tout à coup j'ai entendu frapper à la fenêtre. C'était Carine qui me disait qu'elle était partie de chez elle, je suis sorti et quand je lui ai demandé ce qu'elle venait faire ici, elle m'a répondu "Je suis venu te tuer ". Je ne comprenais plus rien ; tout se mélangeait dans ma tête. À un certain moment, je me suis dit qu'elle ne devait pas être seule, que son mari l'accompagnait. J'ai pris la fuite et je me suis enfermé chez moi, je croyais être sauvé, mais j'ai entendu une vitre se briser dans ma cuisine. J'ai voulu m'enfuir, quand j'ai ouvert la porte, Philippe Delattre était devant moi, un fusil à la main. J'ai ensuite senti quelque chose de très froid me pénétrer le ventre. L'instant d'après, il me visait à la tête, j'ai réussi à détourner son arme, mais après je suis tombé, je perdais peu à peu mes forces. J'ai senti une douleur dans le bas du dos puis un mal horrible à mon visage. »

Ces douleurs sont dues au tir du magnum 357, arme de Philippe Delattre. La victime se croit morte, mais se rassure se sentant respirer. « Est-ce que vous avez eu l'impression qu'au moment où Carine Natalino vous menaçait avec une arme, elle a tenté d'appuyer sur la détente ? », interroge le président. « Non », répond Dany Coton. Jean-Francis Jonckheere demande ensuite à la victime si au moment où il se fait frapper et tirer dessus par Philippe Delattre, il a vu ou senti des gestes, des tirs venant de l'accusée. Dany Coton répond négativement à ces questions. À la fin du témoignage de la victime, l'accusée prendra la parole. « Je voudrais que tu me pardonnes, pour tout le mal que tu as subi. » L.G.