« Je n'aurais jamais pu le tuer »

Carine Natalino, accusée d'une tentative d'assassinat sur son ex-amant, a déclaré à la cour avoir agi sous la contrainte de son mari, coauteur des faits.

« Je n'aurais jamais pu le tuer »
571429 ©(photo Belga)

Hier s'est ouvert le procès de Carine Natalino. Cette dame de 43 ans originaire d'Estinnes est accusée d'une tentative d'assassinat sur son ex-amant, Dany Coton, originaire de Wodecq. Les faits se sont déroulés le 3 janvier 2004 au domicile de la victime. L'accusée ne devait normalement pas se retrouver seule sur le banc des accusés. En effet, son époux, Philippe Delattre, était également accusé du même crime, mais le coauteur des faits s'est donné la mort en prison le 14 août 2004. C'est donc seule que Carine Natalino, maman de quatre enfants, répondra de cette tentative d'assassinat. Après la constitution du jury, l'avocat général a lu à la cour l'acte d'accusation. Il rappelle en détail le journée du 3 janviers 2004, mais aussi les semaines qui ont précédé le crime.

La solution : tuer l'amant

Le matin des faits, le couple décide de se rendre ensemble chez la victime afin de l'abattre. Philippe Delattre apprend quelques semaines auparavant, le 22 décembre 2003, que sa femme entretient une relation extra-conjuguale avec Dany Coton, un homme qu'elle a rencontré en juin 2003, sur les lieux de son travail. À l'époque, Carine Natalino est déprimée. La dame se sent délaissée et maltraitée par son mari. Ce dernier travaille énormément et ce rythme professionnel le rend irritable. « Votre époux gagnait assez d'argent pour vous donner une vie confortable ? », interroge le président Jean-Francis Jonckheere lors de l'interrogatoire de l'accusée. « Oui, mais ce n'est pas ça que je voulais », répond-elle timidement. Philippe Delattre accepte très mal l'adultère de sa conjointe. À deux reprises, les 26 et 29 décembre, le mari agresse physiquement l'amant de sa femme. Cette dernière est d'ailleurs témoin de ces actes de violence. La nuit du 2 au 3 janvier est mouvementée pour le couple Natalino-Delattre. Après une dispute, ils ne voient qu'une seule solution à leurs problèmes : tuer Dany Coton et se suicider par la suite. Peu avant 6h, ils se rendent tous les deux à Wodecq, armés. C'est Carine qui avertira Dany de sa présence. À travers la fenêtre, elle lui dit de sortir car elle a quitté le domicile conjugal. Dehors, elle pointe l'arme en direction de son ex-amant et lui dit : « Je vais te tuer ». Le président demandera à Carine Natalino si elle confirme avoir tenu ces propos, elle donne une réponse affirmative. « Avez-vous appuyé sur la détente », interroge ensuite le président. « Non, jamais. »

Lors de sa première audition en 2004, l'accusée déclare avoir tiré sur Dany Coton dans la nuque, après que Philippe Delattre ait porté un coup de feu dans l'abdomen de la victime. Par la suite, elle se rétracte et affirme qu'elle n'a jamais tiré.

Après avoir menacé son ex-amant, elle a tenté un tir mais le mouchoir avec lequel elle avait emballé l'arme pour éviter d'y poser des empreintes fait blocage. « Philippe Delattre m'a alors pris le fusil des mains et a poursuivi Dany Coton. Quelques instants plus tard, j'ai entendu un tir. » Les époux regagnent ensuite leur domicile, ils pensent à leurs enfants, raison pour laquelle Carine et Philippe ne mettent pas fin à leurs jours. Ils se livrent de leur propre initiative à la police. Les époux seront arrêtés et emprisonnés. Carine Natalino sera libérée en septembre 2004, après neuf mois de détention préventive.

« J'étais sous son emprise »

Quand Jean-Francis Jonckheere évoque les faits du 3 janvier 2004, l'accusée déclare qu'elle aimait toujours Dany Coton. « Je ne sais pas si je dois vous croire, confie le président. Vous dites que le jour des faits, vous aimiez encore Dany Coton, mais vous ne faites rien pour empêcher votre mari de commettre l'irréparable ; vous affirmez même le suivre dans ses actes, vous jouez le jeu. » Étouffant quelques sanglots, l'accusée répond au président à voix basse : « Je n'aurais jamais pu tuer Dany. » Carine Natalino rappelle aussi que depuis le 26 décembre, jour de sa tentative de suicide, elle est sous médicaments. « J'étais sous l'emprise de Philippe Delattre, je faisais tout ce qu'il me demandait. » Durant les débats de l'après-midi, Mme Christine Dierick, juge d'instruction à Tournai, confirmera que des traces médicamenteuses ont été retrouvées dans les analyses de sang de Carine Natalino effectuées quelques heures après les faits.