André Radermecker aussi résistant que le cuir

Même s’il n’est plus patron, André Radermecker (89 ans) fréquente au quotidien sa tannerie en tant qu’expert technique. La passion est intacte.

Marie-France Philippo

Le 14 avril dernier, André Radermecker cédait sa tannerie à deux ingénieurs lillois, Nicolas Quintin et Loïc Honoré. L’accord implique l’achat du fonds de commerce, avec maintien du nom, gage de qualité, tandis que le site appartient à la société Clarebout Potatoes.

Quant à André Radermecker, il reste fidèle au poste comme expert technique au moins jusqu'à la fin de l'année. «Mon grand-père a fondé l'entreprise à Verviers, en 1870. Comme il s'agit d'une industrie polluante, elle a délocalisé le tannage à Warneton, dès 1908. En 1926, tout a été regroupé. Nous avons compté jusqu'à une cinquantaine de salariés, toujours dans un esprit familial. L'évolution de l'économie a été fulgurante et la tannerie a survécu en s'adaptant aux marchés. Je voulais absolument que perdure ce savoir-faire acquis durant 146 ans.»

À 89 ans, André Radermecker travaille sur le site qui l'a vu naître depuis 1949. «Après mes gréco-latines à Saint-Henri Comines, j'ai décroché un diplôme d'ingénieur technicien en tannerie à Liège, que j'ai complété par une année à Lyon. Pendant des décennies, la tannerie a été tournée vers la production industrielle: joint, courroie, soufflet, etc. Des cuirs qui répondaient à un besoin important à Verviers qui, au XIXe siècle, était le centre mondial du lavage et du carbonisage de la laine.»

Parmi les innovations, sa grande fierté est d'avoir développé et breveté la courroie Raderbelt, une bande de traction en polyamide, placée entre deux couches de cuir au chrome. «Un produit ultrarésistant toujours demandé. À la grande époque des aciéries, nous étions les seuls fournisseurs de

Sidmar, à Gand.»

L'évolution a entraîné un déplacement vers des marchés plus ciblés: cuirs d'ameublement, maroquinerie, équitation, chaussures, décoration, etc. «En fait, nous nous sommes adaptés au marché sachant que nous n'étions plus compétitifs dans les productions de masse, toutes délocalisées. Nous avons misé sur la qualité et le sur-mesure. La force d'une tannerie artisanale est aussi sa faiblesse, puisqu'il faut de multiples machines et que peu de manipulations sont automatisées. D'où des prix plus élevés.»

Pourtant, notre vaillant octogénaire croit dur comme le cuir à la pérennité de la qualité Radermecker: «Naturelle et authentique, cette matière ancestrale possède de nombreux débouchés. Il suffit de faire connaître nos multiples productions.»

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