Investir plus, mais sans certitude…

Jeune couple cominois passionné, Filip et Isabelle apprécient l'indépendance et la liberté de leur métier, tout en espérant une montée du prix du lait.

Marie-france Philippo
Investir plus, mais sans certitude…
Producteur laitier à Houthem ©ÉdA

Filip Bossaert (29 ans) et son épouse Isabelle Decroix exploitent une ferme laitière, rue du Corbeau, à Houthem. «Mes parents, originaires de Poperinge, avaient repris l'exploitation, explique Filip. Ils n'étaient pas contre que je poursuive leur activité, si j'avais un diplôme. J'ai fait un graduat en électromécanique, spécialisation climatisation, à Anvers. Comme j'aime être indépendant et travailler de mes mains, je voulais être fermier. »

Avec son épouse Isabelle Decroix, diplômée assistante sociale, il pense à agrandir l'exploitation «Nous avons commencé par construire une porcherie pour 1 800 porcs à l'engrais. Mon père avait aussi un quota de 250 000 litres de lait. Nous avons repris une ferme à Warneton pour agrandir le quota et avoir davantage de terres et de prairies. En demandant toutes les possibilités accordées aux jeunes, notre quota atteint aujourd'hui le million de litres, avec 120 vaches.»

Un cercle vicieux qui pousse à l'endettement: pour produire plus, il faut davantage de vaches, plus de terres pour les nourrir et plus de bâtiments! En résumé, produire toujours plus à moindre coût.

Vers la traite robotisée

Pendant quatre ans, le couple trait à Warneton et à Houthem, avant de voir se finaliser une nouvelle étable, opérationnelle depuis le 28octobre dernier: «Nous avons installé une traite complètement robotisée. Le système marche 24heures sur 24 et la vache décide elle-même quand elle veut être traite. En moyenne, elle passe un peu plus de trois fois par jour; quatre fois au maximum. Tout est informatisé.»

Une technologie poussée, avec un plan d'investissement corsé, qui ne solutionne pas le souci principal: la rentabilité. «Nous livrons le lait à Campina. Ce mois-ci, il est à 27,5 centimes. Il y a deux mois, nous étions à 25 centimes! Le prix de revient est d'environ 35 centimes; certains disent 40! Un prix aussi bas n'est pas normal, sachant que les coûts de production (nourriture, médicaments, électricité, engrais, travaux agricoles, etc.) sont en augmentation. Dans les pays voisins, les laiteries font un effort. Par exemple, Campina possède des usines en Belgique et aux Pays-Bas et elle offre un prix supérieur pour le lait hollandais!»

Et l'avenir? «Nous avons repris l'exploitation en 2008, juste après que le lait soit soudainement monté à des prix jusqu'à 0,45€. Ensuite, il y a eu la crise de 2009 où le prix est descendu jusqu'à 0,18€. Puis, une légère montée avant la crise actuelle! Et qu'en sera-t-il en 2015, lorsqu'il faudra réformer le système actuel des quotas? La seule chose qui est sûre: nous allons devoir rembourser nos emprunts! »