Lens: le centre de tir pourra-t-il canarder plus fort?

Le centre de tir de Bauffe demande des dérogations à son permis d'environnement. Son gestionnaire réclame notamment de passer d'une limite de 45 dBa à 55 dBa. Ecolo Lens s'insurge

Ugo Petropoulos
Lens: le centre de tir pourra-t-il canarder plus fort?
ISCB Bauffe Tir au Clays

A Bauffedans l’entité de Lens, ainsi qu'à Vaudignies (Chièvres),certains habitants ne goûtent pas beaucoup au calme de la campagne. Pas tant à cause de la base aérienne voisine de Chièvres, mais plutôt à cause de la présence d’un centre de tir:l’International Shooting Center de Bauffe.

Certains jours, ça pétarade sur le siteet la situation ne risque pas de s’améliorer si des dérogations au permis d’environnement, soumises actuellement à enquête publique, sont acceptées.

1140 détonations par heure

«Nous nous sommes déplacés sur place durant troisdimanche après-midi du mois d’août pour constater les désagréments. A chaque passage nous avons comptabilisé, en moyenne, 1140 détonations/heurece qui est bien au-delà de la limite fixée par le permis d’environnement», note Ludovic Fortin, membre du groupe. Le pic:«ça a été jusqu'à 30 détonations par minutes»

Actuellement, la norme est de 45 dBa. L'exploitant demande de porter la valeur limite de jour à 55 dBa,de pouvoir effectuer 8.100 tirs / jour (900 tirs par heure) et de pouvoir organiser 12 compétitions par an au cours desquelles il pourrait déroger au nombre de tirs organisés.

Inacceptable pour le groupe Ecolo Lens. «A titre de comparaison, 45 dBa, c'est le niveau sonore maximal imposé aux éoliennes. Certains riverains demandent son abaissement à 40 dBa. Et pour du tir, on autoriserait d'augmenter? Ce n'est pas possible», s'insurge Anne Van Nieuwenhove, autre membre du groupe. «L'exploitant n'arrive pas à respecter les normes environnementales, alors il demande de les changer», complète Ludovic Fortin.

Le problème: le tir aux clays

Dans sa demande de dérogation, l'exploitant insiste sur le fait que son activité a un rôle social et indique que la loi Onkelinx sur la détention d'armes impose aux tireurs de s'exercer plus souvent. Il rappelle également que la police et les forces du SHAPE doivent aussi s'entraîner. «Mais je n'ai jamais vu un policier faire du tir aux clays le dimanche», ironise Ludovic Fortin.

Si lui-même et son groupe ne remettent pas en cause l'existence du centre de tir, c'est plutôt l'activité tir aux clays qu'ils ont dans le viseur. On y afflue depuis le nord du pays, les lieux pour pratiquer l'activité ayant quasiment disparu en Flandre. Et les dépassements de normes sont devenus..la norme:ceux-cisont constatés dans la majeure partie des contrôles et études acoustiques effectués depuis 2009.

Certains ont débouché sur diverses amendes, de 50 euros en 2009 à 10.000 euros en avril 2015 par exemple. Dans un constat infractionnel du 14 octobre 2014, le fonctionnaire sanctionnateur fixait son écodiagnosticà "préoccupant".

L'arrêté fantôme

En 2010 déjà, un chercheur de l'UMons avait placé un sonomètre dans la rue du Bois de Lens à Chièvres. Il avait compté 1971 détonations par heure, un mercredi après-midi de juin, indiquait le journal La Province en 2011...Six ans plus tard, rien n'a changé, ou si peu. Des talus devaient être érigéset des arbres plantés pour atténuer le bruit des détonations. «Les talus ont été faits mais pas complètement, quand aux plantations, on ne les voit toujours pas».

Les écologistes s’interrogent aussi sur ce qu’est devenu un arrêté de mars 2010, visant à interdire les activités du stand le dimanche après-midi afin de permettre un temps de repos aux riverains excédés par les nuisances subies. «Nous nous posons aussi la question de savoir pourquoi notre bourgmestre n’a jamais finalisé l’arrêté.» A Lens, vous ne pouvez pas tondre votre pelouse, mais vous pouvez tirer plus de 1.000 coups de feu à l'heure ledimanche après-midi.

Une difficulté à rajouter au dossier: les plaintes émanent plus souvent d'habitants de Vaudignies, sur la commune de Chièvres, alors que le centre de tir est sur le territoire de Lens. La locale Ecolo de Chièvres a interpellé le Collège communal pour qu'il fasse partvenir un avis négatif durant l'enquête publique, ce qui a été refusé, nous rapporte-t-on.

L'enquête publique court jusque ce vendredi.

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