Chapelle de la Ladrerie, tout en caractère et simplicité

Édifiée sur l’ancienne voie médiévale reliant Ath à Mons, la chapelle de la Ladrerie a gardé son authenticité. Elle rappelle l’isolement des lépreux.

Stéphane BONGE

Nichée dans un cadre verdoyant, non loin de La Hunelle, la chapelle de la Ladrerie attend paisiblement les pèlerins. Le temps semble y être suspendu…

Rustique et dépouillée, cette chapelle romane représente le dernier vestige d’un complexe, édifié au XIIe siècle pour l’accueil des lépreux. Elle symbolise à souhait l’isolement imposé aux victimes de cette terrible maladie importée d’Orient par les Croisés. À l’instar d’autres maladies endémiques, comme la peste ou le choléra, la lèpre fit des ravages en Europe jusqu’au XVIIe siècle. À chaque fois, une seule réaction: la peur et la mise en quarantaine des malades.

Comme pour les chapelles Saint-Jean-Baptiste et Notre-Dame de la Fontaine, c’est Eva de Chièvres qui fut à la manœuvre. Personnage clé de l’histoire chiévroise et hennuyère, celle-ci institua une léproserie hors des murs de la cité, au lieu-dit de La Neufville. Elle obtint aussi du pape Lucius III l’autorisation d’y installer des religieux ainsi que divers privilèges, confirmés ensuite par d’autres pontifes.

Lieu de vie

Dans sa description (XIVe siècle), Jacques de Guise fait état, outre la chapelle, d’une ferme comprenant des bâtiments annexes, des étables, une bergerie, une grange, un jardin et un cimetière. Cet endroit représentait le seul lieu où les lépreux étaient «invités » à vivre, loin des autres, à travailler et à expier leurs fautes, ces dernières étant, selon les croyances de l’époque, à l’origine de leur maladie infamante.

La léproserie restera en fonction jusqu’en 1588 avant de tomber en désuétude et d’être transformée en exploitation agricole dès 1718. Depuis, elle est connue sous le nom de «Ferme de la Ladrerie ».

Si celle-ci est désormais la propriété d'un particulier, la chapelle, elle, relève toujours du CPAS chiévrois. Émilie Nisolle, membre de l'Office du tourisme de Chièvres, nous la décrit: «La chapelle, construite en matériaux divers, comme la pierre bleue, la dolomie et le grès jaune, comprend deux parties distinctes: une nef unique du XIIe siècle de type roman, de plan rectangulaire, et un chœur à chevet pentagonal à pans coupés aux angles en pierres taillées qui se greffe sur la nef vers l'est .» L'historienne de l'art ajoute: «La grande surface rectangulaire avait sans doute pour fonction d'être la salle des malades à laquelle on ajouta, par la suite, un chœur où s'amorcent les premiers élans du style gothique qui commence alors à se développer dans nos régions .»

Lieu de mémoire

Depuis 1989, année du centenaire de la mort du Père Damien, l'ASBL Les Amis de la Ladrerie œuvre pour préserver l'authenticité des lieux et organisent diverses activités en collaboration avec la fondation Damien. Ce dimanche 14 août, comme chaque année, elle y organise une célébration à l'occasion des fêtes de la Ladrerie.

Soyez-y les bienvenus mais ne cherchez ni statues polychromes, ni richesses ostentatoires… vous n'y trouverez qu'un lieu chargé d'histoire et de recueillement… Ouverte en permanence, la chapelle vous invite à entrer et à méditer, comme le spécifie cette phrase accrochée dans le chœur: «Des générations avant toi ont aimé ce lieu, ont contribué à le bâtir, à le rendre beau, si tu es croyant, prie, si tu cherches, réfléchis. Sois le bienvenu ».