Un grand pas pour le bassin de la Hunelle

Mises bout à bout, les actions menées par le contrat rivière Dendre et la ville commencent à faire leurs preuves. La Hunelle n’est plus sortie de son lit depuis septembre 2015.

Pauline FOUCART

Cela fait quelques années déjà que les riverains de l’entité de Chièvres, et particulièrement des villages de Huissignies et Ladeuze, subissent les frasques de la Hunelle, un affluent de la Dendre. Si étymologiquement, la Hunelle signifie «petit cours d’eau», la violence et la fréquence de ses crues n’ont rien de modeste et provoquent pas mal d’embarras dans les rues de l’Église à Huissignies et celle des Hauts arbres à Ladeuze.

Les inondations répétées ont poussé Jean-Noël Gosselin, riverain de la Hunelle et membre du contrat de rivière Dendre, à intervenir. «Pendant un an, j’ai observé et analysé le cours d’eau », explique-t-il. «J’ai constaté qu’à la sortie de Huissignies, la Hunelle ne pouvait presque plus s’écouler vers Ladeuze, car sur 2 km, la nature avait totalement repris ses droits. L’endroit était devenu un “ no man’s land, ” totalement inaccessible par l’homme parce qu’il n’avait plus été entretenu depuis plus de trente ans. J’ai pris des photos au printemps 2 014 et alerté le bourgmestre Bruno Lefebvre et la Province qui ont lancé les procédures.» Un an plus tard, en septembre 2015, la société Moulard, mandatée par la ville de Chièvres, est venue procéder à un curage sur fond vif. «Le temps entre la demande et l’action a été très court. On ne peut pas se plaindre. »

Intervention humaine

La Hunelle prend sa source à Belœil. Avant de rejoindre Huissignies, le cours d'eau s'étale dans les bassins du parc du château de Belœil qui appartient au Prince Michel de Ligne. «En cas d'inondations à Huissignies, les habitants ont pour habitude de dire "Belœil a encore lâché ses eaux", sous-entendu que le préposé aux niveaux des eaux dans le bassin du parc a encore joué avec les vannes.» En effet, les niveaux du bassin sont gérés manuellement par le personnel du château, qui, pour éviter d'inonder les caves en cas de pluie, ouvre les vannes pour laisser s'échapper l'eau. Cette gestion confuse par à-coups fait augmenter soudainement le niveau de la Hunelle, qui à tous les coups sort de son lit. «Ayant déjà constaté cette gestion anarchique du niveau des eaux, j'ai décidé de faire pression sur le Prince de Ligne pour le rencontrer.» Entre-temps, la ville de Chièvres a chargé le bureau d'étude ARCEA, spécialisé dans l'environnement et l'arrangement du territoire, de réaliser une analyse hydrographique du cours d'eau. «Nous attendions les résultats pour organiser la rencontre avec le Prince, car nous voulions des preuves tangibles. L'étude a mis en évidence une intervention humaine au niveau du château. Le Prince a accepté de nous rencontrer et s'est rendu compte qu'il avait un rôle davantage solidaire que solitaire à jouer. Cette rencontre s'est soldée par un accord. Il a accepté de garder les eaux de son bassin à un niveau bas, pour éviter les changements de niveaux soudains, qui engendrent les inondations.»

Depuis le curage du cours d’eau et le maniement responsable des vannes du château, Jean Noël Gosselin a constaté une évolution très positive. «Cette année, nous n’avons pas subi d’inondations dans la rue de l’Église, alors que l’année dernière, dans des circonstances similaires le cours d’eau avait débordé. »

Le moulin de la Hunelle

Un point reste à l’ordre du jour. Celui du Moulin de la Hunelle. «Au XIIe siècle, le lit du cours d’eau a été modifié lors de la construction du moulin à eau. Les méandres de la Hunelle ont disparu pour laisser place à une “ autoroute ” qui ne freine plus le courant naturel du cours d’eau, qui n’a en plus pas été curé au-delà du moulin. » En effet, en aval de celui-ci, la Hunelle change de catégorie car elle prend de l’ampleur. Du ressort de la Province, le cours d’eau passe à celui de la Région wallonne. «Comme le moulin est en bout de course, il est toujours inondé.» Bruno Lefebvre a exprimé la demande; le curage devrait être réalisé dans les semaines à venir.