Quand les anges giflent la guerre

Comme tous les séismes de l'histoire, la Grande Guerre ne cesse d'interpeller les écrivains. David Cockney en épingle un mystérieux épisode.

Françoise Lison

Il croit aux démons et aux anges, comme tout policier qui se respecte. Le bien et le mal se croisent, s'affrontent ou s'épaulent au coeur des pages et des siècles. David Cockney vit à Huissignies et vient de publier «Les Ailes de l'Espoir». Ce premier ouvrage est l'oeuvre d'un jeune policier, féru d'histoire militaire.

L'écriture s'est imposée à vous ?

Elle m'est tombée dessus, il y a quatre ans, alors que je visitais à Mons le Musée de la Vie militaire. J'ai été attiré par une peinture de Marcel Gillis, intitulée «Les Anges de Mons». Un responsable des lieux m'a expliqué le tableau, un fait réel pour les uns, une légende pour d'autres. Un soir d'août 1914, les Britanniques étaient encerclés dans un territoire grand comme une poche.

Un phénomène surnaturel s'est manifesté dans les cieux, et les Allemands ont arrêté leur avancée. Cette histoire m'a trotté en tête, et je me suis mis à l'écrire.

En plein dans le fantastique ?

Lors d'une rencontre avec des vétérans ayant connu la Seconde Guerre, je me suis rendu compte que les avis restent partagés. Il y a ceux qui ne supportent pas l'idée qu'il s'agirait d'une légende. D'autres l'affirment volontiers. Pour ma part, je ne prends pas position, c'est tout l'intérêt de cet étrange événement.

Vous avez le souci de relater des faits réels ?

Si j'ai toujours eu une imagination débordante, je tiens également à l'exactitude des renseignements donnés. Je me suis documenté sur le sujet, et j'ai le respect de ceux qui ont vécu ces heures dures et y ont perdu la vie. Le roman est balisé de dates et de lieux précis. Des scientifiques ont tenté d'expliquer le phénomène dont peu de personnes ont eu connaissance. En vain.

Le regard d'un soldat vous a guidé ?

C'est l'histoire de James, un jeune Anglais. Dans la tourmente de la guerre, il est envoyé sur le continent et vit cette singulière aventure à Mons. Les sentiments de fraternité, de peur et de haine, il les a connus. Comme les autres, il n'a pas compris ce qui s'est passé ce soir-là. Le texte, je l'ai écrit pour rendre hommage au peintre et pour souligner l'absurdité de la guerre. Nombreux sont ceux qui ont été entraînés dans un conflit sans avoir pu choisir leur destin. Ce travail m'a pris quatre années, et aujourd'hui je me dis que j'aurais dû m'y prendre bien plus tôt, afin de recueillir des témoignages.

Des dialogues composent le récit ?

Une lectrice m'a dit : tu devrais écrire un scénario ! En effet, en cours de rédaction, je voyais les images défiler, j'entendais réagir les personnages.

Faire parler les gens, c'est aussi permettre au récit d'avancer. Le livre s'adresse aux lecteurs de tout âge, à ceux qui s'intéressent à l'histoire, à ceux qui aiment entrer dans la peau des héros.

Un souhait d'auteur ?

Si quelqu'un a entendu parler des anges de Mons, ce fameux jour d'été 1914, si des documents existent, j'aimerais y avoir accès. Je ne suis pas le seul : le livre sera traduit en anglais et suscitera sans doute de l'intérêt outre-Manche.

«Les Ailes de l'Espoir» (18 €) chez Decallonne, à Ath et chez l'auteur cockney666@skynet.be