Des queues de poisson sur l’E42

En plus d’être soupçonné de conduite dangereuse, le prévenu aurait utilisé une bombe lacrymogèneenvers ses victimes.

Arnaud Smars
Des queues de poisson sur l’E42
Selon le prévenu, il aurait été impossible d’effectuer une manœuvre dangereuse à cause des travaux. ©ÉdA – Jacques Duchateau

Le 17 octobre 2014, le prévenu conduit sur l'autoroute E42 entre Mons et Paris lorsqu'il aurait effectué un dépassement dangereux avant de faire une queue de poisson sur un autre véhicule. La scène se serait poursuivie à hauteur de la sortie de Bernissart. L'individu aurait obligé l'autre conducteur à s'arrêter avant d'aller à sa rencontre et de faire usage d'un spray lacrymogène sur sa victime et sa femme. «À l'époque, j'étais indépendant et j'effectuais régulièrement des allers-retours entre Bruxelles et Paris mais la scène que vous décrivez ne me dit rien du tout. En plus, à cette époque, il y avait des travaux sur cette autoroute. Il aurait été impossible d'effectuer une quelconque queue de poisson», précise le prévenu.

Le procureur du roi Laffineur pense, lui, que les faits sont clairement établis. «Monsieur ne semble pas comprendre pourquoi il est à la barre aujourd'hui mais il y a des preuves. La femme parle d'un comportement agressif. Il a effectué des appels de phare afin de pousser les victimes à se rabattre alors que ce n'était pas possible. Il a alors emprunté la bande d'arrêt d'urgence avant de se mettre devant le véhicule des victimes. Il a ensuite accéléré et freiné sans arrêt. Quand il a vu le clignotant activé par le conducteur, il a décidé de les suivre avant de faire usage d'un spray lacrymogène». Le représentant du ministère public avance en outre plusieurs arguments. «Le véhicule et la plaque ont été reconnus et il dit être le seul usager de la voiture de location. Les agents de police ont également constaté dans l'habitacle la présence de liquide lacrymogène».

Une allusion aux attentats de Bruxelles

Une peine sévère d'un an a été requise. «Ce n'est pas la première fois que monsieur a une conduite dangereuse. Il suffit de se référer aux nombreuses condamnations de police retrouvées dans son casier judiciaire. Il subit en outre une peine de trente mois pour extorsion».

Me Martins, pour la défense, ne suivait forcément pas l'argumentaire du ministère public. «Dans ce dossier, il est impossible de savoir qui dit la vérité. C'est la parole de l'un contre celle de l'autre. Il n'y a pas d'autres plaignants, pas de témoins extérieurs. On aurait pu effectuer des analyses téléphoniques afin de savoir si monsieur était bien sur place ce jour-là, mais cela n'a pas été fait.

Lors du panel photographique, il n'a été reconnu que partiellement par les victimes. Qui plus est, les policiers qui l'ont auditionné ont trouvé ses dénégations crédibles. Pour moi, il y a à tout le moins un doute qui doit profiter à mon client».

Pour mieux convaincre le tribunal, l'avocat a fait une allusion aux attentats de Bruxelles. «Dans ce cadre, j'ai défendu Faycal Cheffou qui a été désigné comme le troisième terroriste présumé de l'aéroport. Il avait été accusé par le chauffeur de taxi et reconnu sur photographie et en réalité lors de la confrontation. Pourtant, il a continué à clamer son innocence et je l'ai cru. Au final, le juge d'instruction l'a relâché car on avait retrouvé un autre ADN sur les chariots. Je sais que nous ne sommes pas du tout dans le même contexte ici. Mais cet exemple montre le danger d'erreur judiciaire lorsqu'on condamne sur des aveux et une simple reconnaissance partielle».

Jugement le 28 juin.