Chiffonniers : le droit d’entreprendre ?

Arrivée en février sur le marché de la fripe, la SPRL LMC Tex ne plaît pasà tout le monde. Elle affirme pourtant collecter en toute légalité…

Denis Vanderbrugge
Chiffonniers : le droit d’entreprendre ?
Collecte de vêtements ©ÉdA – 202499282393

Avec ses collecteurs couleur crème estampillés Entr’Aide et Solidarité, la SPRL LMC Tex a investi le marché de la fripe en février dernier. Basée à Quevaucamps, l’entreprise régionale est le fruit de l’imagination de Laure Schudzinski et Manuel Leuridant, tous les deux désireux de se reconvertir professionnellement. Après s’être enregistré auprès de l’Office wallon des déchets, le couple a loué un entrepôt dans la région et fait l’acquisition de quarante-quatre bennes à vêtements. Il était alors loin de se douter que ses démarches allaient générer un véritable ramdam.

Le nouvel opérateur sur le marché de la fripe a en effet dû composer avec un important vent contraire: «Nous avons écrit des courriers aux communes pour demander des autorisations visant à nous établir sur le domaine public, explique Laure Schudzinski. Cela n'a cependant pas été admis à cause d'une convention qu'elles ont signée avec l'ASBL Terre.»

Pour contourner le problème, la SPRL LMC Tex a alors fait héberger ses collecteurs sur terrains privés, principalement sur les entités de Belœil et de Bernissart. La démarche n'a pas été plus appréciée: «On nous a demandé de fournir de nombreux documents pour prouver que nous étions dans la légalité. Mais même en donnant notre agrément auprès de l'Office wallon des déchets, trois de nos conteneurs ont été saisis par la commune de Bernissart. Pour nous, il s'agit d'un vol pur et simple sur des terrains privés. Puisque le dialogue n'est plus possible, nous avons entamé des démarches auprès d'un avocat pour récupérer ces collecteurs qui valent chacun 500€.»

Menaces, harcèlements…

Aux réticences des communes s'ajoutent des difficultés créées par la concurrence. Le couple dit être victime de menaces et de harcèlements de la part de certains opérateurs: «Nous sommes régulièrement suivis et photographiés. Des privés chez lesquels nous avons placé un collecteur ont aussi été menacés. Une campagne de presse virulente est menée à notre encontre par l'ASBL Terre. Nous ne comprenons pas cet acharnement!»

Discréditée, la SPRL LMC Tec a dû retirer une bonne partie de ses conteneurs: «Contrairement à ce qui a été dit nous ne travaillons pourtant pas avec des centres de tri à Dubaï et en Tunisie. Nous livrons un opérateur bien de chez nous, basé en Wallonie, qui compte aussi nos concurrents parmi ses clients, explique Laure Schudzinski. Nous sommes agréés, nous payons l'ONSS et la TVA à 21% et nous ne percevons aucun subside. Nous déclarons le tonnage récolté chaque trimestre alors que cela doit normalement se faire annuellement. C'est difficile d'être plus transparent!»

«S’il le faut, nous sommes même d’accord pour verser une taxe aux communes sur lesquelles nous nous implantons. Mais malgré tout, nous sommes face à un mur qui nous empêche d’entreprendre. Or, nous voulons simplement travailler dans un secteur où aucune entreprise n’a le monopole. Nous aurions déjà pu tout laisser tomber. Mais nous estimons être en règle et ne rien faire de mal!»