Nos communes au centre d’une bataille de chiffonniers

À Bernissart et à Belœil, des collecteurs de vêtements usagés ont fait leurs apparitions de manière illicite. D’autres communes ont été approchées.

Denis Vanderbrugge
Nos communes au centre d’une bataille de chiffonniers
asbl Terre ©ÉdA – 202406414199

Vos vieux vêtements rapportent beaucoup plus que vous ne l'imaginez. En quelques mois, la collecte de fripes est d'ailleurs devenue un secteur extrêmement concurrentiel. De nouveaux opérateurs ont fait leur apparition sur le marché, menant la vie dure aux associations labellisées Solid'R telles que Terre, Oxfam et les Petits Rien. À cause de cette nouvelle concurrence, ces associations à but philanthropique ont d'ailleurs vu fortement diminuer leur tonnage de vêtements récoltés depuis le début de l'année.

Cet intérêt soudain pour les textiles usagés coïncide avec l'ouverture de centres de tri à Dubaï, Taïwan et en Tunisie : «La demande pour l'exportation de fripes est devenue très forte, indique William Wauters, administrateur-délégué de l'ASBL Terre. Ces opérateurs irréguliers ont pour objectif d'alimenter ces nouveaux centres de tri qui travaillent avec des coûts salariaux bien inférieurs à ceux pratiqués en Belgique. Le problème est qu'il s'agit de sociétés obscures et on ne sait donc pas trop à qui sont destinés les vêtements qu'elles ramassent.»

Les nouveaux opérateurs se matérialisent sur le terrain en plaçant des collecteurs de vêtements sur la voie publique. Plusieurs communes du Hainaut occidental ont été sollicitées. C’est le cas de Tournai qui a poliment décliné, la ville étant liée par une convention à l’ASBL Terre.

Une enquête ouverte à Belœil

À Belœil, la commune a également refusé l’implantation de collecteurs de vêtements sur la voie publique. Les opérateurs ont cependant contourné le problème en plaçant leurs conteneurs sur des terrains privés. Le phénomène s’est intensifié au cours des six derniers mois, si bien que les autorités communales s’en sont inquiétées.

«Une enquête est en cours pour voir si ces conteneurs ne génèrent pas des problèmes, explique le bourgmestre Luc Vansaingèle. Certains empiètent sur le domaine public et pourraient représenter un danger. Nous restons en tout cas attentifs sur ce point.»

À Bernissart, les sociétés de collectes de vêtements ont agi de manière un peu plus cavalière : «Il y a quatre mois, nous avons constaté l'apparition de ces conteneurs couleur crème un peu partout dans l'entité, explique le bourgmestre Roger Vanderstraeten. Or, aucune autorisation n'avait été décernée. Nous avons donc pris contact avec ces opérateurs en menaçant d'évacuer les conteneurs si ceux-ci ne disparaissaient pas. La commune de Bernissart a en effet déjà un accord avec l'ASBL Terre pour le ramassage des vêtements et elle ne pouvait pas tolérer ce ramassage irrégulier.»

Si les conteneurs ont dans un premier temps été enlevés, ils sont réapparus quelques jours plus tard . Des nouvelles menaces de l'autorité communale, couplées à une information auprès des privés qui avaient accepté d'héberger un collecteur, semblent cependant avoir calmé l'épidémie : «Il n'en reste désormais plus qu'un ou deux qui devraient prochainement disparaître», indique le maïeur.

Rien n’indique cependant que ces sociétés opportunistes ne réapparaîtront pas plus tard dans d’autres entités de la région. Il semble en effet que le jeu en vaille la chandelle.