Il fallait agir, avant un drame...

Les exploitants du « Cube » ont été écroués lundi soir. On les soupçonne d'avoir facilité l'usage de drogue. Entre autres...

Christophe Desablens
Il fallait agir, avant un drame...
548808 ©(photo EdA)

Les temps sont durs pour les discothèques de la région... Voici quelques mois, la justice avait ordonné la fermeture de la Bush (c'est en appel). Le Conseil d'État vient de permettre à la commune de Pecq d'interdire l'ouverture des discothèques sur son territoire pendant la journée.

Et voici que lundi soir, la patronne du dancing « Le Cube » (Blaton) et un de ses fils ont été placés sous mandat d'arrêt par la juge d'instruction Bastin dans la foulée de la perquisition menée dimanche soir par une trentaine de policiers (notre édition de ce mardi).

Ils ont été inculpés des chefs de détention et vente de substances stupéfiantes, d'avoir facilité l'usage de produits stupéfiants en mettant un local à disposition, et de non-assistance à personnes en danger. Le deuxième fils de Françoise Deprez a été lui aussi inculpé mais a été laissé en liberté sous certaines conditions.

Ces inculpations surviennent au terme d'une enquête longue (plus d'un an) et minutieuse, bouclée par la police fédérale. Ce n'était un secret pour personne : on consomme régulièrement de la drogue au « Cube ». À chaque contrôle de police effectué aux alentours de la discothèque, des clients sont déclarés positifs, voire en possession d'importantes quantités de drogues. Patiemment, depuis plus d'un an, la police glanait auprès de consommateurs et de dealers des indications de plus en plus précises quant aux lieux de consommation et de vente. Une instruction a été ouverte en janvier 2009 auprès du juge Marchandise ; la juge Bastin a pris entre-temps le relais. « Un gros effort a été fourni par la police judiciaire, mais aussi par la police de la zone Péruwelz-Bernissart qui organisait des opérations routières quasiment tous les mois », indique le premier substitut du procureur du roi, Jean-Bernard Cambier.

Certains récits recueillis auprès de clients de la discothèque sont édifiants. Des policiers en civil (étrangers à la région) ont assisté aussi à des scènes énormes : comme celle de clients sniffant des rails de cocaïne sur des tables, sans prendre la peine de se cacher. Les gérants contestent la plupart des charges qui pèsent sur eux, mais la plupart des témoignages indiquent que l'attitude des gérants était passive face à la consommation de drogue dans leur établissement, voire active. Un dealer dit avoir été rancardé plusieurs fois par la patronne pour vendre de la drogue lors de certaines soirées spéciales, ou au contraire avoir été mis en garde parce qu'une opération policière se mettait en place aux abords de la boîte de nuit. Le comportement des membres du service de gardiennage était aussi très trouble vis-à-vis de vendeurs de substances stupéfiantes (ecstasy, amphétamines et cocaïne en général).

Plus grave, et c'est ce qui a incité les enquêteurs a ne pas tarder à intervenir, on n'appelait jamais l'ambulance lorsque des clients perdaient connaissance ; ils étaient placés dans un local où on leur laissait le temps de récupérer... Un jeune de seize ans aurait ainsi perdu connaissance durant plusieurs heures sans qu'aucun médecin ne soit appelé ! « L'exploitante ne le conteste pas, mais sa formation d'infirmière lui permettait de gérer ce genre de situation sur place, dit-elle », explique Jean-Bernard Cambier. Sans doute les exploitants avaient-ils le souci de préserver la réputation de leur établissement... « La précision de telles déclarations a accéléré l'enquête et l'organisation de la perquisition, car nous craignions un accident fatal dans cet établissement ».