La Ducasse d’Ath exclue de l’Unesco : « c’est regrettable » dit Jean-Pierre Ducastelle

La Ducasse d’Ath est enlevée de la liste du Patrimoine immatériel de l’Unesco. La décision vient de tomber, au Maroc.

F.H.
 Plusieurs plaintes avaient été transmises à l’Unesco à cause de la présence du Sauvage, accusé de «blackface».
Plusieurs plaintes avaient été transmises à l’Unesco à cause de la présence du Sauvage, accusé de «blackface». ©ÉdA – 60149401510

La Ducasse d’Ath ne fait plus partie de la liste du Patrimoine immatériel de l’Humanité. La décision a été prise ce vendredi vers 12 h 30 à Rabat au Maroc à l’occasion de la 17e session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

On savait que la Ducasse d’Ath allait faire l’objet d’un examen, en lien avec la problématique du personnage du Sauvage. Il avait été proposé par le Comité de placer l’élément "Géants et dragons processionnels de Belgique et de France" sous le statut de "suivi approfondi" afin d’obtenir des informations supplémentaires.

"Cela lui permettra d’établir un dialogue avec les communautés concernées et de les encourager à résoudre les graves questions soulevées, afin de décider en dernier ressort du maintien ou non de la Ducasse d’Ath sur la Liste représentative." Et d’ici un an (lors de sa prochaine session), le Comité aurait alors décidé ou non du retrait.

Mais ce vendredi avant-midi, il y a eu unanimité afin de demander le retrait immédiat de la Ducasse de la liste du Patrimoine immatériel de l’Humanité. Le représentant de la Belgique a soutenu ce retrait, adopté à l’unanimité.

Plusieurs membres ont insisté sur la nécessité de délivrer un message fort immédiat.

« L’objet d’un amalgame »

Les autorités athoises ont réagi, ce vendredi après-midi. La Ville se dit "attristée" par la situation. "Le débat de ce matin s’est focalisé sur les principes de respect des peuples et des droits de l’homme", indiquait Bruno Lefebvre, le bourgmestre athois. "Les pays représentés à l’Unesco ont voulu faire un exemple avec le Sauvage de la Ducasse d’Ath. Bien entendu, nous condamnons fermement le racisme et nous souscrivons pleinement à tous les principes qui ont été discutés. Il est cependant regrettable que l’Unesco ne nous ait pas permis de mener à bien le processus que nous avions initié."

"Aujourd’hui, nous avons l’impression d’être l’objet d’un amalgame et d’un procès d’intention. Nous déplorons que la Ducasse d’Ath, et plus largement notre population dans son ensemble, soit assimilée au racisme. Nous sommes profondément convaincus que notre réflexion doit se poursuivre. La commission citoyenne du folklore devra mener à bien ses réflexions dans les prochaines semaines. La Ducasse d’Ath existe depuis six siècles. Elle a connu toutes les difficultés et les aléas de l’histoire. Elle s’est toujours adaptée au contexte de la société. Elle devra une nouvelle fois en faire la preuve. "

« Regrettable, dommage… »

L’annonce a déjà suscité de vives réactions au sein de la population athoise. Jean-François Masson se dit "scandalisé par cette situation". "La problématique du Sauvage existe depuis plusieurs dizaines d’années, mais on n’a rien fait ", regrette-t-il. "Je suis scandalisé de voir que notre petit peuple de 33 000 habitants a eu le culot de se penser plus influent que l’humanité. J’insiste depuis plusieurs années pour faire évoluer ce groupe, mais tout le monde prétexte les traditions comme conditions sine qua non. Il y a un demi-siècle, la Ducasse d’Ath était au sol, tout comme son cortège qui ne représentait plus rien. Il a fallu deux hommes, dont ma personne, pour remettre l’événement sur pied, étape par étape. Et à cette époque, personne ne s’inquiétait de la tradition. Aujourd’hui, je suis très triste de ce qui nous arrive. Nous n’avons pas pris la responsabilité de notre tradition et nous avons perdu la reconnaissance de l’institut le plus important du monde. Une reconnaissance, que l’on ne récupérera jamais."

L’historien Jean-Pierre Ducastelle aurait aimé que l’Unesco "laisse le temps à la population de s’exprimer". "C’est regrettable ", affirme-t-il. "C’est une décision à laquelle on ne s’attendait pas. L’Unesco nous avait promis d’entamer une procédure, mais la décision a été prise brutalement à la majorité. C’est dommage de ne pas avoir eu la possibilité de s’exprimer. La délégation belge n’a selon moi pas joué son rôle qui était de défendre notre Ducasse et de permettre à cette scène d’évoluer. Je suis triste, car cette reconnaissance était un plus pour notre folklore et on ne l’obtiendra plus, même si nous faisons évoluer les choses. C’est triste pour Ath, pour notre Ducasse, mais aussi pour nos géants qui n’ont rien demandé."

« Des symboles jugés trop graves »

La ministre de la Culture Bénédicte Linard a réagi à cette exclusion par voie de communiqué. "La Belgique aurait souhaité la mise en œuvre d’un mécanisme de" suivi approfondi "tel qu’il était recommandé, qui aurait permis à la Communauté d’Ath de continuer le travail de réflexion citoyenne en cours en préservant l’inscription ", peut-on lire. "Cependant, les symboles véhiculés par le personnage du Sauvage ont été jugés trop graves pour que le Comité s’exprime de manière unanime en faveur de cette option."

"Face à la pression internationale et sociétale, qui est forte et légitime, la Belgique a décidé de demander elle-même le retrait de la Ducasse. Par ce geste, la Belgique souhaite sortir par le haut de cette situation difficile, rappeler avec fermeté son engagement dans la lutte contre le racisme et les discriminations sous toutes ses formes et sa compréhension des reproches exprimés par de nombreuses voix, et protéger le patrimoine ainsi que l’image de notre pays. En effet, d’autres folklores étaient liés à cette reconnaissance, notamment le Doudou de Mons et le Meyboom à Bruxelles."

« Des moments festifs »

"Les événements folkloriques sont importants dans nos vies, ils sont des moments festifs et positifs, de partage et de retrouvailles", poursuit la ministre. "Il est dommageable qu’ils soient entachés de telles polémiques. Le patrimoine immatériel est vivant et évolue au rythme des décennies et de la société qui le transmet de génération en génération. Des évolutions de notre folklore, à Ath et ailleurs, sont déjà intervenues dans le passé. Nous espérons que le travail de concertation et de réflexion en cours à Ath pourra se poursuivre afin de permettre à notre patrimoine et à notre folklore de garder son caractère joyeux reconnu et ancré dans son époque, grâce à des moments de partage où chaque personne se sent respectée et bienvenue."

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