Repair’Café : réparer en toute convivialité

Ath se veut précurseur dans le durable, en ouvrant un des premiers Repair’Café de Wallonie. Réparer, discuter, échanger, et le tout, sans payer!

Fanny GERRAERTS

«Bonjour, je viens pour un ordinateur»/«Premier étage à droite». Ce dialogue n'a pas été entendu dans un magasin d'informatique mais bien au Repair'Café d'Ath, hier après-midi, à la «Maison pour Tous» du faubourg de Mons. Ici, ni vendeur, ni client, mais bien des réparateurs bénévoles et des consommateurs durables, qui préfèrent tenter de réparer les objets défectueux plutôt que de les jeter et de consommer à tous crins. Et apparemment, ils sont nombreux à refuser la solution de facilité! «Nous continuons à être agréablement surpris, note Isabelle Vanwayenbergh, membre d'Ath en transition, à la base de l'initiative. Lors de la réunion pour les bénévoles, nous avons eu plus d'une vingtaine de volontaires. Nous leur avons demandé de s'inscrire pour un des cinq ateliers proposés: vélo, informatique, couture, petit electro ménager et bois/colle/ficelles pour les réparations de pieds de chaises, petits meubles ou même de Barbie! »

Au terme de la journée, ce premier Repair'Café comptait une cinquantaine de visiteurs, soit pour une réparation, soit pour prendre le pouls. «Nous sommes un des premiers Repair'Café à ouvrir en Wallonie, alors qu'il en existe cinq à Bruxelles. Quelqu'un est venu de Liège parce qu'il aimerait en mettre un sur pied chez lui. Des gens d'Écaussinnes, LaLouvière, Soignies aussi… On espère bien faire des petits. Nous sommes en période de crise. Il y a deux options: soit on reste chez soi à se lamenter, soit on crée des liens et on s'échange des idées. C'est l'objectif: remettre l'humain au centre. Même sans argent, on peut faire des choses et faire bouger les choses. »

Jean-Marc, venu de Brugelette avec son fils Guillaume, en est un fervent convaincu. Lui qui est membre du réseau SEL, basé sur l'échange, est venu mettre à disposition ses compétences en informatique «Ca fait partie de mes convictions, l'échange, le partage. Je suis informaticien et je bricole en hardware. Or, l'informatique est un secteur où on met dans les mains des gens des produits de hautes technologies sans même un mode d'emploi. Donc, après un an et quelques jours, après l'expiration de la garantie, il y a une panne. Et comme l'informatique, ça prend du temps, les professionnels se font payer à prix d'or. Donc, les gens pensent que ça ne vaut pas la peine de réparer et qu'il vaut mieux acheter du neuf. Nous avons eu le cas tout à l'heure. Un professionnel avait dit à un monsieur que la réparation coûterait 250€. Nous avons identifié la pièce défectueuse, qui coûtera 5€. Il reviendra au prochain Repair'Café avec cette pièce, et nous la remplacerons, avec l'aide de mon collègue Jean-Claude

À croire qu’ils le font exprès

Du rez-de-chaussée, des exclamations de joie s'échappent. Un grille-pain qui refusait de s'ouvrir depuis plus d'une demi-heure vient enfin de baisser les armes, après que les bénévoles aient sorti l'artillerie lourde. «C'est un miracle, sourit Catherine, sa propriétaire, venue de Leuze. C'était un système de vis très spécial. C'est à croire que les fabricants le font exprès pour qu'on ne sache pas réparer! J'apprécie vraiment cette initiative.»

Et Gérard, qui vient de remplacer «l'expert» electro, parti travailler à 18 h, de poursuivre: «Pourtant, on est très bien équipé. Malgré tout, aucune mèche n'est encore la bonne! Bien sûr que c'est volontaire…»

Cela ne signifie pas que la machine refonctionnera, mais foutue pour foutue… autant tenter le tout pour le tout! C’est la devise maîtresse dans ce lieu de partage. Et pendant que les «experts» s’acharnent, les «consommateurs» trouveront du réconfort dans la cuisine, auprès de Jean-Pierre et Anne-Françoises, venus servir le café. En effet, si aucune garantie de réparation n’existe au Repair’Café, la convivialité est assurée. Et là, promesse tenue.