Dernière séance sur un faux air de fête

Cadeaux, tartes et remerciements : en apparence, ce dernier conseil était joyeux. C’est sans compter les sanglots et déceptions.

Fanny Geeraerts
Dernière séance sur un faux air de fête
Ath, politique, conseil communal, départs ©EdA - 201558835644

«Je remercie tous ceux qui ont donné de leur temps pour la gestion de cette ville. Et plus particulièrement ceux qui ne seront plus dans nos rangs, soit par choix personnel, soit par choix des électeurs. La défaite ou le tassement laisse malgré tout un goût amer...» Jean-Pierre Denis, auteur de ces quelques mots prononcés en ouverture du dernier conseil communal de la mandature, est bien placé pour le savoir, lui qui devra céder son écharpe de bourgmestre au secrétaire communal, Marc Duvivier, le 3 décembre prochain.

De manière générale, ces propos reflètent l’atmosphère qui régnait dans la salle, entre discours convenus et sous-entendus, remerciements sincères et amertume, déception, voire dégoût.

Sur les 29 conseillers, 13 devront quitter la table, pour des motifs divers. Par choix personnel pré-électoral, comme l’échevine Geneviève Leclercq et les conseillers Tanya Vandekerckhove, Marc Lacman (PS) et Jean-Claude Deroux (Forum). Parce qu’ils n’ont plus obtenu suffisamment de suffrages pour être élus, tels Isabelle Papegay, Anne Boutiau, Jean-Paul Saussez, Patrick Bailleul, Vincent Béroudia (temporairement?) (PS), Charly Delitte et Laurent Biltresse (Forum). Par déception post-électorale, comme Odette Lambert (PS) - qui n’était d’ailleurs pas présente pour entendre son éloge et recevoir son cadeau-, ou encore, pour ne pas trahir ses propres idéaux, comme Michel Loncheval (MR)

Un départ délibéré, remarqué

Le départ volontaire de celui-ci, en désaccord avec le choix de son propre parti d'entrer dans la majorité, mais ne voulant pas être un trublion interne, est sans doute celui qui aura été le plus souligné, même de façon voilée, lors de cette «cérémonie d'adieu». Dans ses propres rangs, avec un José Pettiaux (MR) en larmes. Mais aussi dans ceux de la majorité, par Jean-Pierre Denis, louangeant un «homme de dossiers, qui ne compte pas ses heures, et qui a le mérite de réserver ses commentaires pour cette assemblée, sans s'épancher à l'extérieur».

Michel Loncheval s'est exprimé sobrement: «Un mandat, pour peu qu'on s'y investisse, c'est passionnant. À l'avenir, je pense que l'implication est importante, pour la démocratie. »

Il rejoint en ce sens les propos d'un autre « homme de dossiers», Marc Lacman (PS) - « Les jeunes: faites honneur à vos électeurs, remisez vos ambitions personnelles loin derrière les intérêts de la commune »-, qui a surtout tenu à «dire publiquement toute l'estime » qu'il porte à Jean-Pierre Denis.

«Contre vents et marées, en pleine tempête médiatique parfois, tu as mené le paquebot Ville d'Ath à bon port. Dans quelques jours, tu n'en seras plus le capitaine, mais ça ne change rien à l'attachement que tu lui portes. »

Le bourgmestre admet qu'il a parfois dû travailler dans un « climat pesant, voire délétère », et tire un constat: «Nous avons affronté les difficultés avec courage et loyauté au parti, notamment lorsqu'il s'agissait du retour du secrétaire. Je me retire avec le sentiment du devoir accompli. » Malgré l'humiliation, pourrait-on ajouter.

Et celle-ci s'est prolongée jusqu'au bout, puisque le bourgmestre sortant a été jusqu'à devoir adresser félicitations et remerciements à celui qui lui a ravi le fauteuil mayoral, pour sa «longue carrière de secrétaire communal».

Sur ce, mandataires et membres du public ont eu droit à de la tarte. Histoire de donner un air de fête malgré les mines d’enterrement affichées par beaucoup.