Ramdam: Un « Roméo et Juliette » des temps présents

Le réalisateur français, Philippe Lioret, transpose l’histoire de cet amour impossible shakespearien à notre société.

Laure Watrin

"N’ avez-vous jamais été amoureux à 16 ans ?". Pour Nora Kadri (Sabrina Levoye) et Léo Cavani (Teïlo Azaïs), il n’a fallu qu’un seul regard le jour de la rentrée scolaire. Aimantés l’un à l’autre presque instantanément, ces lycéens voient leurs origines sociales contrarier une romance naissante.

Le malentendu qui opposera leurs deux familles suffira à créer une brèche dans laquelle les parties s’engouffreront. Entre ce frère fauteur de troubles qui refuse de voir sa sœur fréquenter le fils de celui responsable de son licenciement et ce père aveuglé par sa fierté, l’amour de Nora et Léo deviendra impossible malgré leurs nombreuses tentatives d’être ensemble.

Pris au jeu des répétitions

Le réalisateur de "Je vais bien, ne t’en fais pas" avec Kad Merad ou de "Welcome" avec Vincent Lindon s’attaque à un classique de Shakespeare de manière contemporaine. Et on sait pourquoi les deux familles sont en conflit !

"L’auteur anglais n’a jamais expliqué pourquoi les Capulet et Montaigu étaient rivaux. Je me suis dit que c’était l’occasion de moderniser l’histoire de Roméo et Juliette. Les lieux ont aussi une dramaturgie entre eux. J’ai découvert cette petite ville de banlieue parisienne durant le tournage du film" Je vais bien, ne t’en fais pas ". Il y a une grande avenue avec, d’un côté la cité et de l’autre des maisons d’architecte. Au milieu, il y a ce lycée qui peut gommer les différences entre les jeunes. J’ai trouvé ça formidable", indique Philippe Lioret.

Pour les deux rôles principaux, il a fallu sélectionner parmi quatre-vingts candidatures potentielles de Nora Kadri et cinquante de Léo Cavani.

"Quand on écrit un scénario, on pense à tel ou tel acteur. Mais là, c’était le néant. Durant le casting, on a fait comme un tamis. On l’a secoué et deux noms sont restés".

Pendant deux mois, le réalisateur a répété chaque scène avec tous les acteurs. "Ils se sont rendu compte à quel point c’était chouette. Cela faisait comme un happening et je filmais tout avec une petite caméra pour leur montrer. Ils se sont pris au jeu".

Sabrina Levoye complète: "Ensuite, quand on est arrivé sur le plateau de tournage, on savait exactement ce qu’on devait faire. Le texte était fluide. On a pu créer des liens entre nous".

Ces répétitions ont également permis à Philippe Lioret de filmer en plan séquence. "C’est-à-dire de ne pas trop faire de découpe. Mais, on est tombé sur un problème: les décors pouvaient être minuscules comme l’appartement de la famille de Nora. Ils étaient déjà cinq acteurs, plus l’équipe autour. On a été obligé d’inventer un système pour que la caméra puisse passer".

Ajoutez aussi l’interruption du tournage pour crise sanitaire. "On a commencé en été et on a repris en plein hiver. Il y avait de la neige partout pour la scène du balcon. On a dû mettre des glaçons dans la bouche de Léo pour ne pas qu’il y ait de buée".

Les deux jeunes acteurs croisent les doigts pour poursuivre au cinéma.

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