48h pour un « Temps mort » au Ramdam festival

La première fiction d’Ève Duchemin ne fantasme pas le milieu carcéral. Elle cherche à renouer avec l’être humain, celui qui se cache derrière un prisonnier.

Laure Watrin

Pour la première fois depuis longtemps, la prison de Meaux (France) accorde à trois de ses détenus une permission de sortie. Julien Hamousin (Issaka Sawadogo), écroué depuis vingt ans, Anthony Bonnard (Karim Leklou), accro aux mélanges de médicaments/alcool (d’ailleurs, est-ce bien un lieu approprié pour sa situation ?) et Colin Elajmi (Jacob Cousyns), jeune violeur retrouvent la liberté durant un week-end.

48h pour atterrir, 48h pour renouer avec leurs proches, 48h pour rattraper le temps perdu. Chacun s’y prépare, les traits marqués par l’appréhension et le pardon aux coins des lèvres.

De ce père étranger pour ses enfants, à celui rattrapé par ses addictions, en passant par un fils qui ne demande qu’un seul regard de sa mère, le spectateur assiste à trois réinsertions émotionnelles.

Courir après l’homme qu’ils étaient

En avant-première belge, le long-métrage de la documentaliste Ève Duchemin a été projeté ce mercredi 18 janvier en présence de celle-ci et de trois acteurs: Karim Leklou, Jacob Cousyns et Ethelle Gonzalez.

Le scénario de ce film, qui a souvent changé de titre, a mis presque cinq ans à être écrit. "Dans la fiction, l’univers carcéral est une boîte à fantasmes. Mais parmi les détenus, il y a des gens fragiles. J’ai pris le temps de tisser les histoires et de raconter un versant moins sexy. Je voulais redonner un visage humain à ces gens qui sont derrière les barreaux", explique Ève Duchemin.

Karim Leklou a souligné que la réalisatrice avait mis en place un dispositif de rencontres et de répétitions permettant à tous de se sentir à l’aise. "Ce n’est pas toujours facile quand on est au cinéma de jouer avec des personnes qui sont vos parents ou vos frères et vos sœurs dans le film. Je me suis rendu compte que son travail (celui d’Ève Duchemin) avait donné un sens aux choses".

Pour les deux autres acteurs présents, c’était leur premier rôle au cinéma. Jacob Cousyns, par exemple, est à l’origine un jeune rappeur. "Quelqu’un m’a identifié sous un post Facebook. C’était pour un casting. Je me suis dit pourquoi pas et puis, la magie a fonctionné".

Un film qui peut se définir comme "dérangeant", le public est d’accord. Un festivalier s’est adressé à la réalisatrice: "Vous montrez certes ces hommes de retour dans leur foyer, mais vous mettez aussi en avant que parfois, les familles ne veulent pas les accueillir à bras ouverts. Elles souffrent elles aussi du délit commis".

Aussi un exercice physique pour Karim Leklou

Karim Leklou fait ses premiers pas au cinéma en 2009 dans "Le Prophète" de Jacques Audiard. Il y joue un détenu… Comme pour "Temps mort". À la différence que, l’histoire permet ici à son personnage de sortir de prison, sous le poids du regard familial. "C’est un homme qui a une dépendance aux médicaments. Il est aussi hyper fragile. On pourrait même se demander si sa véritable place se trouve en prison ou si elle ne serait pas plus adaptée dans une unité psychiatrique. Cela pose question sur ce type de détenu".

Notamment médecin sans diplôme dans la série "Hippocrate", flic dans "Bac Nord" au côté de Gilles Lellouche, militaire pour "La Troisième Guerre" avec Leïla Bekhti, gosse de cité aux parents arnaqueurs incarnés par Vincent Cassel et Isabelle Adjani dans "Le monde est à toi", l’acteur a volontairement pris plusieurs kilos pour pouvoir incarner Anthony Bonnard. "Cela a été une volonté d’avoir un corps gonflé, aussi avec la notion de médicaments. Je me suis fait un peu plaisir sur ce tournage, j’ai vécu intensément".

Prochaines séances: 21/01 à 8h30 et 22/01 à 16h.

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...