Le Tournai d’avant: quand des dizaines de puits fournissaient la ville en eau

Elle est source de vie et tue lors de catastrophes naturelles ; l’histoire de l’eau est loin d’être un long fleuve tranquille avant 1905. D’après un archéologue, Tournai a bénéficié de la mise en service d’un aquaduc romain pour la fournir en eau. Surtout, au Moyen Âge, les puits se multiplieront en ville…

Étienne BOUSSEMART

Chaque jour, l’eau nous accompagne. Et pourtant, ce thème n’a pas d’histoire, les historiens-auteurs n’y faisant allusion qu’incidemment lorsque des fouilles et/ou des travaux en découvrent les traces. Comme l’archéologue Marcel Amand.

Il y a bien l’Escaut mais c’est l’eau à destination de tous les Tournaisiens qui sera ici le propos.

 La pompe de St-Quentin tire son eau, via une canalisation, du puits éponyme voisin.
La pompe de St-Quentin tire son eau, via une canalisation, du puits éponyme voisin. ©ÉdA

Un petit Pont du Gard

Rome conquiert Tournai vers 50 avt J-Christ et en fait l’archétype de son mode de vie. Pour ses besoins quotidiens et son industrie, une eau plus saine que celle du fleuve est nécessaire. L’hypothèse, vraisemblable d’ailleurs, de l’archéologue Marcel Amand est séduisante: les Romains construisent un aqueduc.

 Pompe indispensable à la place des Acacias (Janson) où se tient un marché.
Pompe indispensable à la place des Acacias (Janson) où se tient un marché. ©ÉdA

Décembre 1960: des travaux de terrassement sont en cours rue de la Tête d’Or et des fouilles les accompagnent. C’est là qu’est découverte une canalisation large de 0,45m, haute de 1,45m, avec des parois de 0,45m de moellons locaux calibrés, liés au mortier rose, le tout reposant sur la couche sablo-argileuse. Il est suivi sur quatre mètres avec un axe qui le dirige vers la place Reine Astrid.

Marcel Amand en suit le tracé hors ville, soit vers la source des Rieux à Orcq, qu’il abandonne au profit du Rieu de Barges. Dont l’eau, via Esplechin, Froidmont, Willemeau, pénétrerait en ville via la place Astrid sur un trajet de 11,6km avec pente de 2,19 au km et un débit possible de trente milles m3/jour.

 Rue du Château, la pompe modernisée est munie d’un robinet de bronze.
Rue du Château, la pompe modernisée est munie d’un robinet de bronze. ©ÉdA

A cette découverte s’en ajouteront d’autres, précises, concordantes, démontrant que Tournai, durant les premier et deuxième siècles sera pourvu d’un quadrillage remarquable de canalisations alimentant ses quartiers sur les deux rives. Avec, au passage, des puits, citernes, hypocaustes, thermes…

Les puits en relais

On ne sait à quelle époque disparaît l’aqueduc romain dont nul vestige n’a été retrouvé hors ville. Faute de documents, les archéologues voient les Tournaisiens, comme les Romains, tournés vers le forage de puits, malgré un sous-sol pierreux qui, d’ailleurs, mène à quelques abandons.

 Plan général des fouilles de M. Amand avec les vestiges de canalisations d’eau.
Plan général des fouilles de M. Amand avec les vestiges de canalisations d’eau. ©ÉdA

Là où se concentre la population, les puits sont plus nombreux dès le Moyen-Âge. Si leur date de construction nous est inconnue, certains ont été trouvés lors de travaux. Comme celui de l’abbaye St-Martin (objet d’une reconstruction assez quelconque), les deux de la Grand-Place, celui du Vieux Marché aux Poteries à deux pas du cimetière des pestiférés, ceux des rues des Puits-l’eau et Puits-Wagnon placés au milieu de la rue, etc.

L’industrie métallurgique vient en aide à tous. Car, en 1838, on compte sur le site de la ville 58 pompes publiques et 13 puits fermés mais à l’existence avérée. Au XIXe au plus tard, 58 puits ont donc été recouverts par la voirie, leur corps démoli, mais pourvus d’une pompe en fonte de différents modèles. Elles élèvent l’eau vers l’utilisateur par un tuyau d’aspiration via leur piston et le bras qui l’actionne. Finies les manivelles, le seau remonté et placé sur la pierre plate de la margelle et plus de danger pour les usagers.

 Une pompe à deux pas du l’ex-cimetière des lépreux, danger assuré.
Une pompe à deux pas du l’ex-cimetière des lépreux, danger assuré. ©ÉdA

Le climat serait-il cyclique ? En 1858, une sécheresse qui dure plusieurs mois s’abat sur la région au grand dam des utilisateurs. Les journaux l’Economie et le Courrier de l’Escaut s’empoignent, l’un et l’autre ayant le remède. Ou presque. Mais peu de choses sur le quotidien des habitants obligés de recourir au fleuve et à son eau peu saine.

De M. Amand, tracé possible d’un aqueduc alimentant tournai.
De M. Amand, tracé possible d’un aqueduc alimentant tournai. ©ÉdA

Mais en 1890, en lisant entre les mots, naît un espoir: "il manque d’eau aux pompes publiques qui sont d’ailleurs cadenassées puisque inutiles ; les Tournaisiens se rallieront à l’eau salubre (sic) de l’Escaut et de la Petite Rivière en attendant la réalisation des études municipales quant à un réseau de distribution". (à suivre)

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