Requins, tortues et Russes au menu des papys plongeurs de Wapi en Égypte (vidéos)

Chaque année, un groupe de vidéastes subaquatiques de Wapi (surnommé « les papys plongeurs ») s’offre un séjour en Égypte à la découverte des fonds marins de la mer Rouge. Le dernier en date avait ceci de particulier qu’il s’inscrivait dans la reprise de l’activité touristique d’après-Covid. Avec quelques changements bien perceptibles à la clé. Tout comme les effets indéniables du réchauffement climatique…

Vincent Dubois

Le groupe compte une douzaine de membres, tous animés par la même passion pour la photo et/ou la vidéo ainsi que pour les fonds marins. Ils ont aussi en commun le fait d’avoir tous dépassé la soixantaine, d’où le nom qu’ils ont choisi pour désigner leur groupe: "les papys plongeurs".

 Une plongée que les vidéastes-plongeurs n’oublieront pas sur ce récif de corail allongé qui s’est développé au sommet d’une montagne sous-marine, situé à une trentaine de Km au large de Marsa Alam. Elphinstone possède des tombants plongeant jusqu’à 60 m de profondeur. Nos papys y ont notamment croisé des longimanes (pointes blanches) et des barracudas.
Une plongée que les vidéastes-plongeurs n’oublieront pas sur ce récif de corail allongé qui s’est développé au sommet d’une montagne sous-marine, situé à une trentaine de Km au large de Marsa Alam. Elphinstone possède des tombants plongeant jusqu’à 60 m de profondeur. Nos papys y ont notamment croisé des longimanes (pointes blanches) et des barracudas. ©EdA

Depuis 2012, le plongeur-photographe (et vidéaste) dottignien Philippe De Korte - récemment récompensé par l’Ormeau d’or au festival d’images sous-marines de Trebeurden en Bretagne - leur concocte un séjour en Égypte sur les bords de la mer Rouge.

Un voyage qui avait été annulé en 2020 pour les raisons sanitaires que l’on sait. Les papys - tous originaires du Tournaisis ou de la région mouscronnoise - ont mis à profit cette année sabbatique pour continuer à exercer leurs talents de photographes et vidéastes en mettant en lumière les fonds marins des nombreux plans d’eau (carrières, lacs et étangs) de notre plat pays.

En 2021, ils ont pu reprendre l’avion pour rejoindre la région d’El Quseir (prononcez El Quaisir), dans le sud de l’Egypte, entre Marsa Alam et Hurghada, deux villes portuaires bien connues des plongeurs.

Les effets de la crise sanitaire se faisaient alors encore ressentir ; la fréquentation des sites touristiques était encore très timide et les activités sur place reprenaient, elles -aussi, au ralenti…

Le rendez-vous 2022, du côté de Marsa Alam

Le périple 2022 des papys plongeurs les a amenés du côté de Marsa Alam, à l’Aurora bay resort, sur la baie de Gebel Al Rosas, toujours dans le sud du pays des pharaons.

Si la crise covidienne était cette fois bien oubliée, une autre, alimentée par la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine, a depuis, aussi vu le jour en Égypte.

Elle se traduit également par une hausse des coûts des carburants ; le prix du diesel, par exemple, a été multiplié par 5 en l’espace de quelques semaines pour passer de 0,10 €/litre à 0,50 € par litre. Un montant qui nous laisse certes rêveurs, mais qui horrifie les autochtones.

Autre effet collatéral de la guerre en Ukraine: les touristes russes affluent par centaines sur les côtes de la mer rouge. Cette dernière destination était déjà très prisée par ces visiteurs, mais les difficultés auxquelles ces derniers sont confrontés pour voyager en Europe, les incitent à se tourner davantage vers ce pays d’Afrique du Nord.

D’autant que tout, en Égypte, est mis en œuvre pour les séduire sur le plan touristique.

Jusqu’à la nourriture servie dans les hôtels, spécialement adaptée aux ressortissants du pays de Poutine, au grand dam des estomacs de nos papys plongeurs…

Très chaude, la mer. Trop, même...

Sous l’eau, nos plongeurs ont vécu des rencontres auxquelles les ont habitués leurs précédents périples en mer Rouge mais qui restent des moments uniques et magiques lorsque, par exemple, ils croisent, sur le récif corallien, des poissons-chirurgiens, balistes, labres, napoléons, diadons murènes, raies ou autres spécimens colorés visibles chez nous uniquement dans les aquariums de certains amateurs d’exotisme.

Cette année a également été très riche en rencontres avec les tortues géantes, notamment dans la baie d’Abu Dabbab, connue pour abriter un nombre impressionnant de spécimens de cette espèce, ou avec les requins, longimanes principalement, du côté du célèbre récif d’Elphinstone.

Il est toutefois un constat que, cette année, partagent de nombreux plongeurs qui ont l’habitude de tremper leurs palmes en mer Rouge: la température de l’eau semble monter inexorablement d’année en année. Pour atteindre, voire dépasser les 30 degrés au début octobre.

À terme, le réchauffement pourrait menacer la survie des coraux égyptiens même si ces derniers sont naturellement mieux armés (que ceux d’autres mers ou océans) pour résister à la hausse des températures que l’on nous annonce si rien n’est fait pour enrayer le réchauffement climatique.

"Les larves de coraux de la mer Rouge sont arrivées de l’océan Indien via le golfe d’Aden, à la fin de la dernière ère glaciaire, il y a de cela 12000 ans. En arrivant par le sud, ces larves ont dû traverser des eaux très chaudes qui ont agi comme un filtre et n’ont laissé passer que les espèces pouvant survivre jusqu’à 32 degrés", explique Eslam Osman, chercheur à l’Université King Abdullah en Arabie saoudite.

Cela laisse certes encore une certaine marge, mais qui devient de plus en plus ténue au fil du temps.

Difficile de ne pas voir, dans ce phénomène, une étroite relation avec le réchauffement climatique qui, manifestement, ne semble épargner aucune région du globe.

Un Ormeau d’or grâce à un travail d’équipe

 Le Dottignien Philippe De Korte a eu l’agréable surprise d’apprendre à son retour d’Égypte que son dernier film présenté en festival -l’Été meurtrier - avait été primé en Bretagne.
Le Dottignien Philippe De Korte a eu l’agréable surprise d’apprendre à son retour d’Égypte que son dernier film présenté en festival -l’Été meurtrier - avait été primé en Bretagne. ©EdA

Au retour de ce périple égyptien, le Dottignien Philippe De Korte, qui organise ce type de voyage depuis 2012 déjà, apprenait que son dernier film - " Un été meurtrier" - venait de recevoir l’Ormeau d’or - soit le premier prix - dans la catégorie " Épaves, faune et flore " dans le cadre du festival du film et de l’image des mondes sous-marins de Trébeurden, en Bretagne.

Un court-métrage mettant en exergue les dramatiques conséquences du réchauffement climatique dans un étang de la région herseautoise.

Voir ou revoir le court-métrage, l’Été meurtrier :

Quel lien avec le voyage en Égypte ? demanderez-vous.

C’est que, pour réaliser ce type de film, le plongeur dottignien peut compter sur le soutien d’autres passionnés, et principalement sur les papys plongeurs de Wapi.

 La veille de reprendre l’avion est généralement dédiée à la détente (et à la décompression). C’est à Port Ghalib que nos papys plongeurs ont passé leurs dernières heures égyptiennes. Cette ville portuaire moderne, proche de Marsa Alam et sortie du désert en 2000, sert de port d’attache à de nombreux bateaux proposant des croisières en mer Rouge.
La veille de reprendre l’avion est généralement dédiée à la détente (et à la décompression). C’est à Port Ghalib que nos papys plongeurs ont passé leurs dernières heures égyptiennes. Cette ville portuaire moderne, proche de Marsa Alam et sortie du désert en 2000, sert de port d’attache à de nombreux bateaux proposant des croisières en mer Rouge. ©EdA

Des voyages comme celui que Philippe organise chaque année au pays des pharaons permet non seulement à chacun et chacune de se perfectionner dans les différentes techniques de prises de vue, mais, le fait de vivre en groupe, 24 h sur 24 durant une semaine complète, renforce également la cohésion entre les membres et leur complicité, tout en favorisant les échanges de compétences.

Ce qui permet de booster la créativité lors d’un travail d’équipe tel que celui qui a permis d’aboutir à la reconnaissance évoquée plus haut.

Et s’il y a certes de temps à autres des petits moments de tension lors d’un tel périple, ils sont à la fois rares et vite oubliés, tant les activités sont nombreuses et ne leur laissent guère de place.

Toutes les vidéos sur ce périple sont également visibles sur la page FB : MER ROUGE les sites de plongées ( PHILIPPE PDK)

Requins, tortues et Russes au menu des papys plongeurs de Wapi en Égypte (vidéos)