L’éolien à Tournai, entre émois et espoirs

Le débat sur l’éolien «dans le Grand Tourna i» a attiré, mercredi, une centaine de personnes. II a encore été beaucoup question du futur cadastre wallon.

Pascal Lepoutte

Débat public… et aussi politique, puisqu’un représentant de chacun des partis en lice pour le prochain scrutin communal était invité à livrer sa position.

«L'éolien est générateur de certains émois et aussi de certains espoirs » lance, en introduction de la soirée, le professeur de l'UCL, Alain Holeyman. Celui qui est aussi, soit dit en passant, riverain d'un des cinq sites envisagés par Nordex pour y implanter une éolienne, a modéré le débat avec beaucoup de justesse. «Quelle doit être l'ambition de l'énergie éolienne dans l'entité tournaisienne? », sous -entendu «Combien de machines peut-on installer sur le territoire communal?» Les intervenants sont conviés à choisir entre un de ces trois niveaux:

– douze éoliennes (pour 35MW), qui permettraient à Tournai, compte tenu de sa population, de tenir son engagement par rapport aux souhaits de la Région?;

– 24 (le critère de proximité devrait alors être assoupli)?;

– 72, pour 200MW correspondant à 100% de la consommation électrique du Tournaisis mais en implantant des éoliennes (qui ont le statut d'équipement d'utilité publique) à 300 mètres des maisons? « En sachant que la distance minimale envisagée dans le futur cadre correspond à trois fois la hauteur du mât et non de l'éolienne», nuance M.Holeyman.

En rappelant que son parti n'est ni opposé aux énergies renouvelables, ni au développement économique – l'entreprise Dufour emploie 75 personnes pour installer 300 éoliennes chaque année en Europe de l'Ouest – Marie-Christine Marghem (MR) dénonce «l'inadaptation d'un cadre légal qui fixe la distance à 350 mètres des maisons et un cadre wallon où l'habitat est dispersé.» S'il n'est pas encore finalisé sur le plan juridique, le schéma de structure établi pour l'entité tournaisienne («sans valeur légale», selon le modérateur), qui définit des zones d'intérêt paysager, «donne déjà des indications claires et doit pouvoir nous servir ». Mais en attendant ce fameux cadre wallon dont tout le monde parle, «il faut s'arrêter…»

« Le cadre arrive bientôt… »

Louis Mariage (Écolo) crée un peu la surprise en déclarant que les Verts ne sont pas favorables à tous les projets – «Il faut respecter le paysage, c'est clair. 72 éoliennes sur Tournai, c'est invivable !» – mais surtout que ce cadre de référence tant attendu est bel et bien terminé au cabinet du ministre Henry et qu'il se trouve aujourd'hui au stade du vote: «Il va arriver …» Dans la salle, Olivier Mariage va plus loin en déclarant que ce document, dont tout le monde a vraiment besoin, «est bloqué par les partenaires PS et cdH au Parlement wallon

«Il n'est peut-être pas tel que le ministre Henry voudrait qu'il soit»: Paul-Olivier Delannois (PS) ne croit pas que le cadre soit sur le point d'être voté (NDLR. Selon nos informations, il sera soumis à l'avis des collèges communaux installés après les élections) et si la Ville de Tournai s'est montrée un peu frileuse par rapport à la politique de l'éolien dans son schéma de structure, il fera, dit-il, le forcing afin que les zones d'intérêt paysager soient reprises dans les zones d'exclusion du cadastre. «À ce niveau de concertation, ajoute-t-il, réaliste, on s'assied sur l'avis de l'administration communale, même s'il est négatif.» À propos du chiffre optimal il répond clairement: «Si l'engagement de la Région, c'est douze, cela me convient très bien.»

Après avoir réaffirmé sa préférence pour développer le photovoltaïque de façon intensive, Jean-Marie Vandenberghe (cdH) est très applaudi en déclarant avoir l'impression «que certains retardent le cadre pour favoriser l'anarchie dans les projetséoliens

Pour Marie-Hélène Crombé-Berton (Tournai Plus) enfin, il est aussi absolument indispensable de découvrir le cadre avant de se positionner sur la pertinence de 12 ou 24 machines. En attendant, comme beaucoup d'autres, elle préconise «une prudence de sioux ».

Au sein du public, Xavier Delbecq (Lamain) réagit en regrettant que le ministre Demotte ne s’est jamais prononcé sur ce dossier et estime que le cadre éolien ne résoudra pas l’ensemble des problèmes. Certains pensent même qu’une fois établi, il deviendra très difficile de s’opposer à des projets là où le cadastre les autorisera.

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