La fronde (anti-éolienne) des Thierry

L’ambiance était orageuse dans le ciel thimougien... mais aussi dans la salle où se tenait, mercredi soir, la réunion d’information sur le projet de parc éolien.

Pascal LEPOUTTE
La fronde (anti-éolienne) des Thierry
Plan éoliennes Thimougies ©EdA - 201081980977

«Il est difficile de s'exprimer en faveur d'un projet dans une salle hostile, et pourtant d'autres personnes ici y sont favorables...» Avant d'évoquer l'éolien citoyen et le futur «circuit court» de la société coopérative CLEF (Leuze-Frasnes), Fabienne Marchal salue ainsi l'intervention de Louis Mariage. Elle conclut: «Les éoliennes ne dénaturent pas un paysage rural. Elles le modifient. L'éolien terrestre est tout à fait acceptable si l'étude d'incidences le démontre et si les habitants et les communes peuvent y prendre la part qu'ils souhaitent.»

Choqué, dit-il, «par la violence émise contre ce projet - ce qui me fait peur», le jeune Thimougienexprime sa crainte en l'avenir: « On est des gens de caractère, OK! Je suis né dans cet endroit, je l'adore, mais j'aime aussi son futur. Et rien n'est sûr. J'ai envie de limiter la casse pour nos enfants et petits-enfants.. Il faut penser global, penser solidaire, faire des sacrifices. Une éolienne, personnellement, moi j'aime bien! C'est une question de goût, d'esthétique. » Il s'agit bien là des deux seuls points de vue bienveillants à l'égard du projet d'installation de quatre (ou cinq) éoliennes par la société Nordex sur le territoire de Quartes et de Thimougies. Les autres positions seront, toutes, fort critiques.

Dans la salle, beaucoup arborent une affiche avec le slogan « Syndrome éolien: stress - fatigue - problèmes cardiaques»; certains répliquent aussi bruyamment aux propos des promoteurs du parc.

« Pas contents du tout! »

Pascal Douillez (Melles) fait part de ses inquiétudes sur l'efficacité du rendement, les possibilités d'extension, l'impact sur le parc immobilier, l'absence d'influence sur l'emploi local... Les responsables de Nordex, Vincent Masureel et Florie Ternoy, se veulent, on s'en doute, rassurants. Ainsi, «il n'y a pas d'extension possible sur cette zone.» A Fruges (F), le prix des maisons a diminué durant l'installation du parc éolien, «mais après, il a repris son cours normal .» La multinationale travaille avec la firme tournaisienne Dufour, y compris à l'étranger, et « pour le génie civil, on prend des sous-traitants locaux. »

Thierry Vandeghinste signale aux demandeurs qu'ils mettent les pieds «dans une région particulière», où les gens se sont défendus contre d'autres projets, une région protégée jusqu'ici de tout, où les associations sont dynamiques: «Votre parc éolien, c'est une flèche qui vient trancher toute la fierté de notre région, où on propose des circuits de promenade autour des fermes de caractère, des bâtiments remarquables.» Il regrette le manque d'information préalable de la population: «Nous sommes choqués, pas contents du tout... »

Un autre Thierry (De Billoez), habitant lui aussi Thimougies, s'est déjà montré très actif au niveau de l'opposition aux éoliennes. En distribuant, dans les boîtes, des tracts invitant à la réunion et en lançant une pétition. Il veut en savoir plus sur le financement du projet, et s'assurer que la convention européenne du paysage dite Convention de Florence sera bien respectée.

René Charlez (Quartes) estime que la SA Nordex «est bien plus avancée qu'elle ne veut bien le faire croire». Il assure qu'il y aura un bruit de fond constant, s'interroge sur l'épuration et voudrait bien connaître l'avis des riverains proches des autres parcs éoliens de la société déjà opérationnels.

Une gueule de bois paysagère?

Vincent Aubry (Melles) se demande pourquoi ce projet veut s'installer à 3,2km d'un autre déjà présenté. Il n'est pas le seul à réclamer un cadre de référence, tandis que, comme le souligne Thierry Vandeghinste, il existe 14 projets dans la région. N'y a-t-il là de la précipitation? Dénonçant le système des certificats verts « comme une parfaite aberration», Hubert Couplet (Ère) prédit «une gueule de bois paysagère et financière ».

Frédéric Henrard (Béclers) réclame des rapports sur le taux de décibels à diverses distances dans les autres parcs. Quand Florie Ternoy commet un lapsus («L'éolien n'est pas compatible avec la ruralité ), il a ce trait: «Venez travailler avec nous, Madame.» L'échevine frasnoise Maryse Bouchez témoigne que des citoyens peuvent adhérer à un projet éolien «bien ficelé». Ici, elle ne comprend pas l'implantation «au centre d'un village ». Et estime que « 450 mètres de distance, c'est encore très très peu ».

Sensible à l'utilisation de l'énergie renouvelable, Michel Guérin (Melles) trouve illogique la manière dont les choses se mettent en place, le fait qu'une multinationale, «qui n'a pas d'intentions vertueuses mais est là uniquement pour faire du business», organise ce type de réunion. «Il y a une carence du politique à ce niveau» conclut-il.

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...