Pierre Galand à la barre pour calomnie

L'ancien sénateur Pierre Galand (PS) était devant le tribunal correctionnel, ce jeudi. En cause : une plainte pour calomni e déposée par Joël Rubinfeld.

Vincent Dubois

L'affaire se serait déroulée à Lessines en novembre 2002. Son évocation, aujourd'hui, devant le tribunal correctionnel de Tournai prend une connotation particulière à l'heure où les soldats israéliens se retirent de la bande de Gaza.

Car c'est bien dans un climat passionnel que cette affaire a pris naissance.

Le vendredi 22 novembre 2002, la locale Écolo de Lessines organisait un dîner-débat au profit des enfants de réfugiés palestiniens. Pierre Galand, alors président de l'association belgo-palestinienne, avait été convié en tant qu'orateur, de même que Philippe Markiewcz, à l'époque président du comité de coordination des organisations juive de Belgique (CCOJB), et Henri Wajnblum, ancien président de l'Union des progressistes juifs de Belgique.

Invité, semble-t-il, dans un premier temps à cette causerie, Joël Rubinfeld, actuel président du CCOJB, aurait été «décommandé» moins d'un mois avant la soirée organisée au Centre René Magritte.

Une première pilule que le plaignant aurait eu d'autant plus de mal à avaler qu'il reste persuadé que ce désistement est intervenu sur pression de l'ancien sénateur socialiste Pierre Galand, connu pour ses positions pro-palestiniennes.

De plus, au cours de la soirée en question, ce dernier aurait tenu des propos calomnieux à l'égard de M. Runbinfeld que certains convives s'étonnaient de ne pas voir assister à cette manifestation. M. Galand aurait notamment dit pour justifier l'absence du premier : «c'était moi ou lui. Cet homme n'est pas mon homologue mais un sujet de la propagande israélienne. Je suis Belge, moi...»

Un discours qui justifie la plainte pour calomnie déposée par M. Rubinfeld à l'encontre de l'ancien sénateur socialiste venu se défendre, ce jeudi, à la barre. Pour justifier le bien-fondé de cette démarche, le conseil de M. Rubinfeld a cité plusieurs témoins attestant de la teneur des propos de M. Galand.

Il a également pointé du doigt certaines prestations publiques de M. Galand, relevée notamment dans la presse, où il affiche clairement ses positions «jusqu'à manifester aux côtés d'extrémistes», a-t-il précisé.

Il a encore rappelé que M. Galand a été secrétaire général d'Oxfam en Belgique mais aussi membre du Secrétariat international de la sécurité et de la coopération internationale et qu'à ce titre, il sait pertinemment bien mesurer ses propos et comprendre la portée des mots qu'il utilise publiquement.

De son côté, le procureur du Roi, représenté par Mme Barniche, a souligné que certains propos tirés de leur contexte peuvent paraître choquants mais qu'ils ne l'étaient pas nécessairement dans le cadre de cette soirée.

Une capitale palestino-israélienne

Le conseil de Pierre Galand a, lui aussi, cité certains témoins - les organisateurs de la soirée - qui n'ont manifestement pas entendu ou interprété les termes de l'ancien sénateur de la même manière. M. Galand aurait effectivement émis le souhait de ne pas entamer un débat politique passionné au cours d'une soirée consacrée aux enfants palestiniens. D'autre part, il a également souligné que M. Rubinfeld est connu pour jouer les «trublions» dans ce type de soirée (selon les termes repris dans un article du Vif/l'Express). Que si M. Galand a laissé entendre qu'il n'est pas l'homologue de ce dernier, c'est qu'il n'avait pas de légitimité pour représenter l'État belge face à un représentant de l'État palestinien.

L'avocat s'est aussi attaché à démontrer qu'il n'y avait pas d'intention méchante dans les propos de son client, ce qui est, en soi, le fondement même de la calomnie. Bref, il réclame l'acquittement pur et simple. Prenant la parole à la fin de l'audience, M. Rubinfeld a fait référence à l'article du Vif/l'express. Rappelant qu'il y exprime également un vieux rêve de paix : «la création d'un État palestinien, à côté de l'État juif, y compris, peut-être, avec une cohabitation dans la ville de Jérusalem, qui servirait de lien et de capitale aux deux nations». Jugement le 19 février.