Mutien, un ex-frère verviétois, abuseur de mineures ?

Une enquête de Paris-Match jette le trouble sur la mémoire du frère Mutien, qui a enseigné jusqu'en 1965 à l'institut Saint-Michel, à Verviers.

Franck Destrebecq
Mutien, un ex-frère verviétois, abuseur de mineures ?
12260902 ©© EDA

Une enquête publiée dans le dernier numéro de Paris-Match crée un émoi qui fait rapidement tache d'huile à Verviers et qui ternit les souvenirs jusqu'ici attachants que de nombreux Verviétois conservent d'une personnalité qui a marqué des générations d'élèves de l'institut Saint-Michel. Il s'agit de Paul Mathen, alias frère Mutien, qui a enseigné en 1re primaire jusqu'en 1965, avant d'être « déplacé » vers Ciney, et qui est décédé en 2006. Les anciens de Saint-Michel que nous avons interrogés, et qui préfèrent garder l'anonymat, ainsi que des personnes qui fréquentaient régulièrement le religieux, notamment dans les mouvements de jeunesse, se sont dits éberlués par ce qu'ils ont découvert en lisant Paris-Match.

Une victime fragile et mineure

L'hebdomadaire a recueilli le récit, poignant, d'une victime du frère Mutien, laquelle a aussi témoigné à Controverses, l'émission dominicale de RTL-TVI. Anne - il s'agit d'un prénom d'emprunt afin de préserver son anonymat - explique par le détail comment le frère Mutien l'a « prise sous son aile » quand elle est arrivée à Marana Thâ, une communauté de vie chrétienne créée en 1976 par des frères des Écoles chrétiennes dans l'ancien presbytère de Lisogne (commune de Dinant) et que dirigeait Paul Mathen, dont le frère (de sang) était alors évêque du diocèse de Namur. Cette association hébergeait des jeunes handicapés, ainsi que des jeunes en difficulté psychologique ou en rupture familiale, comme c'était le cas d'Anne.

Du simple réconfort, c'est passé à des relations plus affectives. « Il a commencé à me prendre sur ses genoux, à m'embrasser sur la bouche. Ensuite, il est venu me rejoindre dans mon lit... », relate-t-elle, elle qui avait 17 ans, à une époque où la majorité sexuelle n'avait pas encore été abaissée à 16 ans (elle était donc mineure).

Déjà déboussolée par sa situation personnelle, qui l'avait amenée à faire une première tentative de suicide - , l'adolescente ne savait « pas comment réagir ».

Elle était sous l'emprise du frère Mutien et, comme souvent en pareils cas, elle éprouvait même un sentiment de culpabilité, suscité par le religieux. Elle fera une nouvelle tentative de suicide. Au lieu de l'emmener à l'hôpital, le frère prendra soin de « veiller », seul, sur elle, évitant ainsi qu'elle ne « parle ».

Plusieurs témoignages poignants... et accablants

Bien que partie de la communauté de vie, après avoir eu connaissance de faits similaires avec d'autres pensionnaires, Anne vivra sous les angoisses pendant des années. Puis, elle suivra une psychothérapie qui la conduira à tout déballer au conseil d'administration de Marana Thâ, afin que le frère Mutien ne soit plus en contact avec d'autres adolescentes (il partait aussi avec des jeunes en pèlerinage à Lourdes, chaque année). La communauté de vie n'en tiendra pas compte.

Du coup, en 1994, elle dépose plainte à la police judiciaire de Dinant. Au fil des auditions et interrogatoires qu'ils mèneront, les enquêteurs auront la démonstration qu'Anne n'était nullement une affabulatrice. Paris-Match publie des extraits - de procès-verbaux de plusieurs témoignages, confondants et accablants - et pas que de victimes, qu'il amenait souvent dans sa propre chambre - , affirmant que le religieux a eu des agissements sexuels, des attouchements jusqu'à des relations suivies, avec des adolescentes mineures, voire jusqu'avec une autiste de 12 ans.

Auditionné par la PJ, le frère Mutien reconnaîtra effectivement avoir eu des relations avec Anne, pour laquelle il éprouvait une profonde affection, mais qui était consentante, selon lui. Pour le reste, concernant d'autres pensionnaires, il s'agissait de mensonges, toujours selon lui. Mais il promet néanmoins, en fin d'audition que « jamais plus je n'aurai ce genre de comportement à l'encontre de mineurs. Je vous en donne ma parole ! », retranscrit Paris-Match .

Condamné à 50 000€ de dommages et intérêts La suite ? La justice refermera définitivement le dossier, en 1997 (entre-temps, le frère Mutien avait été écarté de la communauté de vie de Lisogne, qui n'existe plus aujourd'hui), les faits étant prescrits. Du moins au niveau pénal. Car Anne introduira une plainte au civil. Et là, elle aura gain de cause.

En février 2005, devant le tribunal civil de Dinant, elle obtiendra des dommages et intérêts pour un montant de 50 000€.

Paris-Match cite cet extrait du jugement du tribunal civil : « Les déclarations de Paul Mathen révèlent une volonté de réduire et minimiser la portée de ses actes et de toutes leurs conséquences, affirmations qui sont de nature à accentuer le sentiment de blessure fondamentale ressentie par la victime. » Quelques mois plus tard, frère Mutien rendra son dernier souffle.

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.