Herve : l'’accueil des enfants de Tchernobyl doit cesser

Accueil – Santé – Enfants de Tchernobyl (ASET) ne peut plus accueillir d’enfants biélorusses suite à la guerre en Ukraine. L’ASBL cesse ses activités.

Pierre LEJEUNE
 Josine Deru a aidé les enfants victimes des radiations de Tchernobyl entre 1991 et 2022.
Josine Deru a aidé les enfants victimes des radiations de Tchernobyl entre 1991 et 2022. ©ÉdA LABEYE Philippe 

Une seule page, quelques lignes fortes en émotion. Le mois dernier, Josine Deru s’exprimait une dernière fois sur le site internet de son ASBL Aset ( Accueil – Santé – Enfants de Tchernobyl). Car depuis 31 ans, elle et son époux ont "décidé de porter notre aide aux enfants biélorusses victimes innocentes de ce désastre. L’accueil au sein de nos familles (NDLR: 1 082 familles mobilisées, 3 181 séjours bénéfiques à 1 710 enfants) ainsi que les cures de pectine ont permis de renforcer leur système immunitaire […]. Tant de liens tissés entre nos familles belges et biélorusses". Freinée par le Covid, l’ASBL fut stoppée net le 24 février dernier. "Nos partenaires nous ont informés que les enfants ne pourront plus quitter le pays et les frontières fermées ne permettront plus le passage de nos convois (NDLR: 28 convois depuis le début), écrit-elle. Nous avons lutté jusqu’au bout, et même au-delà, pour essayer d’entrouvrir une petite porte." Mais la Biélorussie et la Belgique ont opté pour un camp différent dans ce conflit qui oppose la Russie à l’Ukraine, e t "c’est avec une grande tristesse que nous avons dû prendre la décision de cesser nos activités" en février prochain lors d’une assemblée générale, ajoute-elle, précisant rester "disponible pour chaque famille qui souhaite retrouver le contact avec ses protégés". Des familles qui, depuis, soulignent sur le site d’Aset, l’œuvre réalisée pendant trois décennies, tout en remerciant chaleureusement Josine et André pour leur indéfectible soutien.

Le soutien de l’ambassade n’a pas suffi

"On a vraiment essayé d’ouvrir toutes les portes possibles pour continuer notre mission, avec même le soutien de l’ambassade biélorusse à Bruxelles (avec qui nous avons de bons contacts). Mais ils sont inflexibles: nous ne pouvons pas continuer notre action, regrette Josine Deru. L’association fonctionnait nickel, on recueillait même les enfants des autres associations qui arrêtaient. Mais cela fait déjà trois ans que nous n’avons pas eu d’enfant chez nous, et nous ne pouvions continuer de fonctionner à vide. Nous étions aussi prêts à envoyer un convoi, le camion était même commandé… Mais ça aussi on doit arrêter. Tout est bloqué et nous ne pouvions continuer à solliciter nos partenaires (familles et sponsors) qui nous ont accordé ce soutien pendant tant d’année."

Le couple de Xhendelesse a convoqué le comité pour prendre " cette malheureuse décision ". Les colis déjà préparés seront offerts à deux associations, dont une de Malmedy, qui viennent en aide aux enfants en Ukraine. Les fonds de l’ASBL leur seront aussi reversés. " C’est quand même une aide importante. Elle s’orientera vers des associations qui œuvrent pour des enfants victimes de la guerre en Ukraine (des orphelins, des familles défavorisées…). On continue à aider, car c’était l’esprit de notre association ", insiste Josine Deru, née en Allemagne (dans un camp de prisonniers de guerre), d’une mère ukrainienne et d’un père belge ( voir notre article qui lui fut consacré le 8 mars 2022).

Quant à l’espoir de relancer l’association ASET au terme de la guerre, il est (très) mince. "Ce serait fort optimiste… On a l’impression que ça ne va pas s’arrêter aussi rapidement qu’on l’espérait. Les familles de Biélorussie nous envoient des messages pour nous dire que nous avons des amis sur leur territoire, qu’on sera accueilli à bras ouverts quand la situation politique le permettra", conclut Josine Deru, qui aura, pendant près de 31 ans, consacré une large partie de sa vie aux enfants dans le besoin. Chapeau.