Inondations : une bonne affaire financière pour les logements publics de certaines communes ?

Les inondations ont débloqué certaines subventions destinées aux Communes, notamment pour le relogement. De quoi faire… de bonnes affaires?

Pierre Lejeune
Inondations : une bonne affaire financière pour les logements publics de certaines communes ?
La subvention pour le relogement permet à certaines Communes de faire des acquisitions. ©ÉdA – philippe Labey5 Photo Prétexte

Reconstruction des zones touchées, Fonds des calamités, relogement des ménages sinistrés (via les CPAS ou les sociétés de logement de service public)… La Région wallonne a sorti le chéquier afin de soutenir les Communes impactées par les inondations de juillet dernier. Celles-ci n’ont pas traîné dans les investissements pour les travaux en urgence, pour l’achat de matériel, pour du relogement, etc.

Pour ce dernier volet, par exemple, Olne a acquis (pour 103 000€) le 11 octobre une habitation rue Village via la "politique de relogement". De quoi soulever une question, volontairement choc: certaines Communes relativement moins impactées ne feront-elles pas, finalement, une "bonne affaire"?

Le long de la Vesdre (la zone la plus touchée du pays), deux communes sont "moins impactées" et, donc, reprises en catégorie 2: Baelen et Olne (Jalhay, Spa et Stavelot sont également en catégorie 2, mais non le long de la Vesdre). Pour rappel, dix communes sont en catégorie 1: Chaudfontaine, Esneux, Eupen, Liège, Rochefort, Theux, Verviers, Trooz, Limbourg et Pepinster (ces trois dernières étant "prioritaires").

Sans évoquer ici les autres aides (travaux de première nécessité, etc.), les Communes de catégorie 2 ont obtenu une subvention de 500 000€ afin "d'assurer le relogement des ménages sinistrés". C'est cette enveloppe qui a permis à Olne de faire une acquisition immobilière rue Village. "Je n'ai pas peur de le dire: c'est clair que sans ces subventions et sans le message de la Région (pour nous dire d'acheter), nous ne l'aurions pas achetée. Ce fut une opportunité", annonce le bourgmestre d'Olne, Cédric Halin.

«Un effet d’aubaine mais aussi un choix»

Le mayeur estime que le résultat financier "ne pourra être fait qu'une fois que l'ensemble des périodes liées aux financements seront épuisées". "On a reçu 500 000€ pour le relogement. Mais ce qui n'est pas utilisé devra être remboursé, c'est contrôlé. Avec cette somme, on a acheté une quinzaine de déshumidificateurs, des électroménagers, on a fait des travaux temporaires de canalisation… et on a acheté une maison. La Région a été très claire: on en "profite" pour financer ou intervenir dans le secteur du logement public. On nous a dit de ne pas hésiter, que les logements serviraient plus tard comme logements sociaux ou de transit. C'est un choix politique du ministre de donner des moyens aux Communes afin d'élargir le patrimoine immobilier via des biens à vocation sociale. Ils ont fait exactement la même chose avec les sociétés de logement public qui achètent, comme le Foyer de Fléron vient de le faire à Olne."

Ces achats pour des biens à vocation sociale n'auraient-ils pas pu/dû intervenir via d'autres enveloppes que celles débloquées à la suite des inondations? "C'est une sorte d'effet d'aubaine dans le chef de certaines subventions, mais c'est aussi un choix, reconnaît le bourgmestre d'Olne (qui n'est évidemment pas confronté aux mêmes problématiques que les Communes en catégorie 1). Après, c'est un principe de subsidiarité, et dès le moment où l'on confie de l'argent à l'entité la plus proche du citoyen, il y a une adéquation plus forte avec les besoins du terrain. Les dépenses sont souvent plus optimales (efficaces) en termes d'investissement."

«Refinancer indirectement certains secteurs…»

Et Cédric Halin d'ajouter qu'Olne (et Baelen) reste impactée par le relogement des sinistrés de l'ensemble de la vallée de la Vesdre. "Olne et Baelen sont en catégorie 2, oui. Mais toutes les Communes en catégorie 2 peuvent disposer du même montant de 500 000€ pour le relogement des sinistrés. Or, certaines ont été beaucoup moins touchées sur cet aspect. Le gouvernement a inscrit en catégorie 2 des communes qui n'ont pas eu des dégâts aussi dramatiques que ceux sur la Vesdre. Je ne dis pas qu'elles n'avaient pas besoin de cette enveloppe… Mais il me semble que des communes du Brabant wallon (NDLR: Ottignies-Louvain-la-Neuve, Tubize et Wavre) sont sans doute moins impactées par le relogement qu'en bordure de Vesdre. Mais l'argent ne sera pas mal utilisé pour autant, ça nous aide énormément. On a peut-être utilisé les inondations pour refinancer indirectement certains secteurs, c'est probable. Mais si on compte les heures des services communaux (trois mois full-time, et on continue à travailler pour gérer cela), j'estime que ce ne sont pas des moyens excessifs par rapport à l'ampleur de la catastrophe et à l'ampleur des besoins. J'aurais préféré ne pas avoir cet argent et ne pas avoir les inondations. Ce n'est pas moi qui ai fixé les montants, la Commune n'a rien demandé", conclut Cédric Halin qui, en outre, a reçu 587 000€ (comme toute Commune de catégorie 2) pour des travaux de première nécessité "des voiries, des ouvrages, des réparations directes, les frais du personnel ou l'indemnisation des entreprises privées (cela passera au conseil de décembre)… On a déjà utilisé 350 000€."

Baelen… pas au courant?

Maurice Fyon, bourgmestre de Baelen, a également eu les 587 000€. "Une dotation, on en fait ce qu'on veut. Au budget 2022, on a inscrit 100 000€ pour venir directement en aide aux citoyens (on va intervenir pour les déshumidificateurs, les chauffages d'appoint, l'augmentation du coût des énergies… on en parlera au prochain conseil) et nous avons inscrit 200 000€ à l'extraordinaire pour certains travaux, ou au moins la part qui ne sera pas prise en charge par la Région wallonne. L'argent restant est mis en réserve car on ne sait pas, à l'heure actuelle, chiffrer ces montants. Idem pour les travaux, on va devoir intervenir sur des ouvrages d'art. Même si ce n'est que 20%, 20% d'un pont, ça peut chiffrer."

Baelen n'a pas directement été inscrite en catégorie 2. Si bien que le bourgmestre n'a pas (encore?) connaissance des 500 000€ pour le relogement. "Je n'ai pas eu de demande de relogement… Le CPAS a reçu 37 000€ mais non destinés au relogement." Baelen pourrait (devrait?) obtenir un demi-million de plus. Maurice Fyon s'est engagé à contacter son collègue d'Olne "pour en savoir plus". Lequel conseille, aussi, "de contacter le ministre Collignon", en charge du logement. Sait-on jamais…