Circuit de Regniowez : écologistes et riverains tirent la sonnette d’alarme

Le développement de l’ancien aérodrome de Regniowez, à deux pas de la frontière franco-belge, pose question. Explications.

Nathalie DIOT
Circuit de Regniowez : écologistes et riverains tirent la sonnette d’alarme
circuit vue aerienne.jpg ©ÉdA

Le rythme des travaux s’accélère du côté du circuit de Regniowez, village frontalier français à deux pas de Cul-des-Sarts et L’Escaillère. Ce qui inquiète associations d’écologistes et de riverains qui dénoncent des procédures administratives simplifiées. Le département dément.

Travaux de déboisements et défrichements (sans autorisation), construction de bâtiments (dont une tour de contrôle), homologation pour les essais et dernièrement dépôts de terre pour créer des tribunes végétales… Depuis un an, le projet de circuit automobile à Regniowez semble s’accélérer sur l’ancienne base de l’OTAN, propriété du conseil départemental des Ardennes où est installé, depuis 2013, le pôle mécanique des Ardennes géré par Pascal Michel.

Ce qui inquiète particulièrement les riverains franco-belges de l’association Sadecors, ainsi que sept associations écologistes locales, régionales et nationales (*). Les premiers craignent les nuisances sonores (17 plaintes en 2 ans), les seconds la destruction d’habitats et d’espèces rares et protégées.

Jouer la montre

Tous ont une impression commune: le conseil départemental joue la montre et bénéficierait de la clémence de la préfecture des Ardennes depuis que cette dernière a lancé, le 29 mars, une enquête publique du 19 avril au 20 mars pour régulariser un dépôt de terre commencé en décembre 2015.

Ces dépôts (170 000 m3 d’après les écologistes, 120 000 m3 de «terres gratuites» selon le département) ont été bloqués, courant mars, par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) et auraient par ailleurs obligé Pascal Michel à stopper son activité, faute de pouvoir exploiter le site en toute sécurité. Il a d’ailleurs depuis porté plainte contre le conseil départemental.

«Il s'agit d'une consultation», corrige la Direction des routes et infrastructures (DRI) du département qui gère le développement du site. L'enquête en cours est une opération de «régularisation» tout à fait classique et non «une mascarade» comme le dénoncent les associations écologistes.

Bref, un embrouillamini administratif sur lequel la préfecture a refusé de répondre se bornant à: «une enquête publique est en cours», et s'étonnant «que cette affaire intéresse les Belges». C'est vite oublier que les pays sont transfrontaliers, que les nuisances traversent la frontière (Sadecors comprend des riverains de Cul-des-Sarts et L'Escaillère), et les papillons aussi (lire par ailleurs).

«Ce n’est pas un sanctuaire mais une zone d’activité»

Pas facile pour le maire de Regniowez non plus, Jean-Yves Lagneaux d'avoir «des versions qui coïncident».

Concernant les nuisances sonores, il a pris, en 2015, des arrêtés pour limiter les courses de «Drift» et dragster à trois par an. Mais il rappelle: «Ce n'est pas un sanctuaire. Sur la carte communale, c'est une zone d'activité depuis 2006. L'espoir du conseil départemental est de faire venir de l'activité et de créer de l'emploi. C'est délicat de trouver l'équilibre. Mais c'est une opportunité de profiter de l'ouverture de l'A304. J'habite, pour ma part, à 1 km d'un dépôt d'ordures. Il y a aussi beaucoup de nuisances mais les gens ont fini par l'accepter car c'est d'intérêt public».

Reste que le site recèle des espèces rares et protégées dont certains marqueurs du dérèglement climatique et que cela aussi est d’intérêt public!

(*) LPO, France nature environnement, Nature et Avenir, Champagne Ardenne Nature et Environnement, ReNArd, société d’histoire naturelle des Ardennes, France Nature Environnement.