Une «toute, toute» triste nouvelle: Yvo des Ti Tchapias est parti

Yvo Chatin est parti jouer de la trompette au paradis des musiciens. Le leader des «Ti Tchapias» aura été un exemple de joie de vivre et de courage.

S.H.
Une «toute, toute» triste nouvelle: Yvo des Ti Tchapias est parti
Yvo Chatin: un sourire et une trompette qui rendaient la vie bien plus joyeuse.

«Une toute, toute belle soirée! Oh oui!» Sorte de devise nationale de la République de la déconne, cette formule sonnait aussi comme un credo pour le Rochefortois Yves Chatin, fondateur et leader des Ti T’Chapias. L’aventure aura démarré, avec son frère Didier, à Rochefort au milieu des années 80. Le groupe écrira aussi rapidement la bande-son des Fêtes de Wallonie de Namur, notamment lors de finales épiques, dans la petite cour intérieure surchauffée de l’École des Pauvres.

Yvo aura été l’âme et le moteur de ce bandas à la sauce pèkèt flambé, cette version cuivrée d’un boys band de kermesse.

Carte de visite de tous ces incroyables musiciens: une autodérision salvatrice, une inextinguible soif pour la fête et les rires et, surtout, une bluffante virtuosité. Yvo était d'ailleurs titulaire d'un master, en trompette, à l'IMEP, l'école supérieure de musique de Namur. «C'est là d'ailleurs qu'on s'est rencontré», rappelle Sergio Nardi, son binôme chez les Ti Tchapias, son vieux compère de toujours.

Sur scène, Yvo aura enfilé bien des costumes: chemise à jabot, cache-poussière du gérant Gaspard, tenue fluo de prof d’aérobic brésilien… Tout et n’importe quoi, pourvu que le public se marre. Mais l’habit ne vaut rien tant qu’il n’est pas illuminé par ce large sourire et cette infinie gentillesse qui caractérisaient le «papa» de la Haillotte.

Inutile de préciser que sa vie trop courte aura été particulièrement dense. «On garde bien évidemment en mémoire cette tournée mondiale», s'amuse encore Sergio Nardi. Mondiale, rien que ça. «En fait, on a fait une dizaine de dates en Bretagne: on avait été invités par un marchand de grains.» La joyeuse clique se déplaçait en camionnette. «Avec Yvo, on n'avait rien trouvé de mieux que de descendre du véhicule en marche. Je me suis cassé deux côtes et on jouait le soir… Inutile de dire que durant toutes ces tournées, on dormait peu.»

Mais le sourire et l'énergie débordante d'Yvo allaient être mis à l'épreuve. Aux commandes d'un magasin d'instruments de musique, le mélodiste allait prendre progressivement conscience d'un mal qui l'emportera après huit ans de combat. Yves Chatin était atteint de la maladie de Charcot. «Les spécialistes lui prédisaient trois ou quatre années d'espérance de vie», souffle son vieux pote. C e sera finalement le double, grâce à la bienveillance de ses proches, l'indéfectible amitié de sa vieille garde et sa combativité hors pair. «C'était lui le premier qui vous demandait comment vous alliez», souligne Sergio Nardi. D'une terrible fatalité, Yvo aura fait une nouvelle opportunité: celle de mieux sensibiliser la société sur cette maladie méconnue mais dévastatrice. Avec l'espoir, un jour, que d'autres puissent se tirer des griffes de cette effroyable pathologie.

Vendredi, avec l’annonce du décès d’Yvo, 47 ans, ce fut bien évidemment une «toute, toute mauvaise soirée» pour tous ceux qu’il a rendus heureux, sur la grande scène de la vie. Mais à Camille et Sam, ses enfants, à ses proches, ses amis, le disparu aura donné durant toutes ces années une belle leçon de vie. Et une toute, toute belle. Oh oui!