Au théâtre de Namur, Louis Chedid en piano-voix et plus encore : « Quelque chose de sensible et beau, et d’utile» (vidéos)

Ce 17 novembre, Louis Chedid débarque avec 4 pianos et leur maître, Yvan Cassar, sur la scène du théâtre royal. L’occasion de réinventer un répertoire quinquagénaire. Rencontre.

Alexis Seny
 Yvan Cassar et Louis Chedid, duo sur piano pour redécouvrir des chansons à l’état pur.
Yvan Cassar et Louis Chedid, duo sur piano pour redécouvrir des chansons à l’état pur. ©Pias

Bonjour Louis, une fois n’est pas coutume, ce ne sont pas vos guitares mais vos pianos que vous poserez sur la scène du théâtre de Namur, jeudi.

J’étais déjà venu à Namur, je pense. J’ai un lien très fort avec la Belgique. Quand j’ai eu fini ma scolarité, mon bac, je suis parti étudier le cinéma à l’INRACI à Bruxelles. J’y ai vécu pendant un an et demi, j’avais 20 ans, c’était ma seconde patrie.

Puisque vous parlez de cinéma. N’y a-t-il pas meilleure manière de convoquer les images que de chanter en piano-voix ?

Oui, tout à fait. Plus on dépouille une chanson, plus le texte parle. Les mots et la mélodie sont mis en évidence. Beaucoup de gens, lors des dix premiers concerts que nous avons donnés, nous ont dit que le texte prend plus de signification dans cette formule. Les mots, la voix et la mélodie, il n’y a rien d’autre. Pas de guitare électrique qui arrive à un moment pour un solo. Au niveau de l’audition, tout est très clair. Et ça permet au spectateur une redécouverte des chansons.

Et vous, vous les avez redécouvertes ?

Oui, en fait, on chante complètement différemment. Quand nous étions en studio avec Yvan Cassar, nous étions chacun dans une pièce, en pouvant nous voir à travers les vitres. Nous avons tout enregistré, en direct, à l’ancienne. On faisait « 3, 4 », et hop, je chantais et lui jouait, en même temps. Comme il y a moins de pollution sonore dans le casque, il y a juste ce piano à suivre, avec lequel jouer. Ça vous fait chanter complètement différemment.

C’est donc un album qui s’insère dans la fabuleuse collection « Parce Que » du label belge Pias. Pourquoi « Parce que » ?

C’est une idée de Kenny Gates, le patron du label. Parce que, c’est une chanson d’Aznavour reprise par Gainsbourg, il y a longtemps. et qui a donné à Kenny l’envie de reprendre des chansons originales d’artistes en piano-voix. Moi, quand il est venu me voir, il y a deux étés, j’ai tout de suite dit oui, parce que j’avais envie de travailler avec Yvan Cassar.

Nous avions déjà collaboré à des petites choses. Il m’avait accompagné sur Les absents ont toujours tort lors de la nuit de la Déprime organisée par Raphaël Mezrahi. J’avais adoré sa manière de jouer et je m’étais senti très bien. Puis, ça me plaît toujours de faire des choses nouvelles, même si ce sont des chansons anciennes, c’est une autre manière de les présenter. Je voulais tenter l’expérience, expressément avec Yvan Cassar. Je ne sais naturellement pas jouer du piano comme lui, mais si je le pouvais, j’aurais fait ce qu’il a fait ! Il a un sens de l’arrangement assez rare. Il n’en fait pas des masses, mais c’est très efficace. Très sensible, très fin.

Au départ, nous ne pensions pas du tout faire une tournée mais quand le producteur de mes concerts a entendu le disque, il m’a dit qu’il fallait absolument que nous tournions avec ce projet. Nous sommes partis dans cette aventure extraordinaire. Nous venons de commencer et, vraiment, nous sentons les gens emballés par ce spectacle. Ça nous donne l’impression de faire quelque chose de sensible et beau, et d’utile. Parce que ça fait du bien de réécouter de temps en temps de la musique de manière plus classique, brute.

Dans cette collection, vous passez notamment après Arno.

J’aimais beaucoup ce type, je l’avais rencontré une ou deux fois. C’était un artiste très original.

Parlons de la rencontre avec le grand Yvan Cassar. Vous aviez notamment participé au Sergent Pepper’s lonely hearts club band des Beatles, à l’invitation d’Yvan Cassar.

Nous nous connaissons depuis longtemps puisque nous avons un ami commun, Thierry Suc, producteur de spectacle. Nous nous étions parlé, sur une péniche, à l’occasion de l’anniversaire de la sœur de Thierry. C’était il y a dix ans et nous avions convenu que ce serait vraiment bien que nous fassions un jour quelque chose ensemble. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts. Jusqu’à cette fameuse Nuit de la Déprime et, comme si c’était écrit, la proposition de Kenny Gates. La vie, c’est comme ça, à un moment, il y a une espèce de confluence, les choses se cristallisent. Et tac tac clac, ça s’enchaîne.

Il y avait un autre projet avec lui, non ?

Oui, et il est toujours dans les tuyaux. Ce serait une comédie musicale, dont il assurerait les arrangements. C’est évidemment ambitieux donc pas très facile à monter. Mais bon, j’ai monté Le soldat rose et dieu sait que ce n’était pas facile à monter et de trouver tous les artistes. J’ai bon espoir d’arriver à mes fins.

Grand bonhomme que cet Yvan Cassar qui a collaboré avec Claude Nougaro, Vangélis, Céline Dion ou Johnny Hallyday mais qui fut aussi professeur à la Star Academy. Rockstar et popstar à la fois.

Complètement. Ce qui est génial pour lui, c’est que cette fois il est en avant. Nous sommes à égalité sur scène, je voulais vraiment ça. Là où avec Johnny ou Nougaro, il était accompagnateur, dans l’orchestre. Nous sommes très complices, nous rigolons. C’est un spectacle où deux personnes qui font le show. Et je crois que ça aide.

Dans cet album, il y a une dimension ludique, une dimension émotionnelle mais aussi didactique. On apprend tout ce dont le piano est capable, en instrument-orchestre.

Parce que là aussi Yvan est un orfèvre. Il sait ce qu’est le piano. Le commun des mortels, et moi avec, pense qu’un piano c’est un piano, en pensant qu’un modèle ne peut pas changer diamétralement les choses. Au contraire, d’un piano à l’autre, même s’ils sont de la même marque, du même modèle, le son est différent. Nous sommes allés chez Steinway, j’ai pu en essayer plusieurs. Chacun sa particularité.

Ensuite, il y a beaucoup de choses à faire avec un piano, sur un disque comme sur scène. Chaque chanson a été traitée différemment. Ce n’est jamais le même son. Sur scène, il y 4 pianos, nous passons de l’un à l’autre, c’est aussi ce qui fait la diversité du spectacle. Il y en a des plus percutants, des plus doux. Nous passons d’une ambiance à une autre.

De l’intimisme au saloon ?

Au saloon, et même au ragtime ! C’est très intéressant, je suis fasciné.

On peut même faire des percussions avec un piano.

À un moment, Yvan prend des mailloches et il tape sur le cadre avec les cordes, ça résonne, un peu dans le genre musique concrète. C’est assez épatant. Il y a énormément de choses à faire, et Yvan connaît ça. Et le Monsieur qui nous amène les pianos, avec son camion, s’en occupe, les accorde. Les pianos sont parfois accordés d’une certaine manière qui les désaccorde un peu, leur donnant un petit côté bastringue.

Sans doute, votre voix doit-elle devenir plus un instrument qu’habituellement ?

Il y a deux instruments: le piano et la voix. Toutes les chansons démarrent comme ça: guitare – ou piano-voix. C’est comme ça qu’on compose et qu’on écrit, pas avec un orchestre. On est dans l’intimité, chez soi, éventuellement on met une petite boîte à rythmes. Mais c’est la base. Quand la chanson est bonne, réussie, elle est bonne comme ça. Une mauvaise chanson, vous pouvez faire tous les arrangements que vous voudrez, mettre des cordes, les 80 meilleurs musiciens du monde, ça ne changera rien. Elle ne sera jamais bien.

Il y a malgré tout des mauvaises chansons qui sortent ?

Je pense quand même, j’imagine (il sourit). J’essaie de n’écouter que les trucs qui me plaisent. Je ne perds pas trop de temps à écouter ce qui ne m’intéresse pas. Puis, ce que je peux considérer moi comme une mauvaise chanson, ça peut être quand même un carton populaire. Je n’ai pas la science infuse.

C’est finalement un best-of que vous faites là, non ?

Oui, si ce n’est qu’un best-of reprend en général les versions studio telles quelles. Moi, je n’aime pas trop faire ça. Là, c’est un best-of revisité.

Vous êtes plutôt un gratteux à la base.

Ah oui !

Mais vous avez malgré tout composé certaines chansons derrière un piano ?

Les absents ont toujours tort. Anne, ma sœur Anne, je l’avais commencée sur mon piano. Sur scène, nous reprenons aussi une chanson Mesdames, Mesdemoiselles, qui vient de l’album Boucbelair. J’aime beaucoup composer au piano, ce n’est pas du tout la même chose qu’avec une guitare, qui est vraiment un instrument rythmique. Évidemment, on peut en faire des arpèges, des trucs mélodieux, mais, à la base, c’est du stream, c’est la façon de gratter. En piano, on peut aussi faire des choses plus rythmiques, mais ce sont quand même les harmonies d’abord. Au piano, vous avez vraiment les harmonies sous les doigts et, selon celles que vous choisissez, vous pouvez vraiment donner une couleur très différente à une chanson. Yvan est un maître, il a la science de ça. Techniquement, il n’a pas de problème, après ce ne sont que de la création et des idées.

Pour la tournée, j’ai repris des cours de piano. Je n’en joue pas énormément sur scène mais j’ai quand même deux chansons puis je fais un chorus à un moment donné. Je me suis astreint à me rafraîchir les mains.

Est-ce une impression: le piano revient pas mal sur le devant de la scène avec des gens comme Juliette Armanet, la chanson inédite de Michel Berger…

Michel, lui, composait tout au piano. Mais c’est un instrument de base, comme la guitare. McCartney, Keith Richard, John Lennon, Bob Dylan, c’est avec une guitare qu’ils ont composé tous ces titres qu’on aime. McCartney, c’est au piano qu’il a créé Let It Be ou Lady Madonna. Après, viennent la batterie, la basse et tout ça. Il n’y a pas plus beau qu’un instrument acoustique bien enregistré. Naturellement, l’avènement du synthé et de l’electro a décuplé les possibilités, de sons notamment, puis la façon de travailler en mélangeant tout d’un coup une guitare acoustique avec un synthé…

Pas plus beau qu’un instrument acoustique. Même si, sur scène, on voit de plus en plus des artistes qui se produisent seuls avec une boîte à rythmes. C’est un peu triste, non ?

J’ai connu les premières boîtes à rythmes, à leur arrivée dans les années 80. J’étais un des seuls en France à avoir un Fairlight (NDLR. avec lequel il a composé Ainsi soit-il). J’adore ça, encore aujourd’hui, je bidouille. Mais je n’oublie jamais que, justement, pour faire une chanson qui tienne la route, et pouvoir par après rajouter ceci, cela, il y a cette base dont je vous parlais. Comme dans un roman, la base, c’est l’histoire, les personnages. Après, il y a la forme, on écrit plus ou moins bien. La chair, le piano – ou le guitare-voix.

Et maintenant le spectateur. J’imagine que vous le mettez à contribution ?

Nous avons un numéro de duettistes pas dégueu. Nous rigolons beaucoup et ça fait beaucoup rire les gens. Moi, j’ai des chansons très différentes, de T’as beau pas être beau à Anne, ma sœur Anne, en passant par Tout ce qu’on veut dans la vie ou On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime. Il y a des moments graves, profonds, drôles. Nous faisons passer le public par différents états. Parfois, il est recueilli. Tous les soirs, il se lève et gigote. J’aime bien faire passer les gens par différentes étapes. Comme la vie. On n’est pas toujours triste, heureux. Un spectacle, c’est aussi ça.

Là, vous reprenez les tournées. J’imagine que le Covid fut une morne période. D’ailleurs, vous le chantez: Si seul sans vous.

En plus, j’ai sorti mon précédent album le 28 février 2020 et nous devions enchaîner la tournée tout de suite, dès le 15 mars. Nous étions en train de répéter quand on nous a confinés, le 13 mars. Une douche froide pour tout le monde. Je peux comprendre qu’il y ait une épidémie, qu’on ne sache pas très bien comment la gérer, je ne veux pas me mettre à la place des gens qui nous gouvernent, surtout pas d’ailleurs ! Mais, le fait de déclarer le spectacle, les artistes, le cinéma, etc. non-essentiels, j’ai trouvé ça tellement absurde, ridicule. Les gens confinés, qu’ont-ils fait ? Ils ont regardé des séries, écouté de la musique, lu des bouquins. Ce n’était pas si non-essentiel que ça.

J’ai eu la chance que mon producteur soit très volontaire, il n’a jamais lâché ! Il a toujours reporté les concerts. Dès qu’il y avait moyen, nous n’avons pas fait autant de concerts que ce que nous aurions dû en faire, mais nous n’avons quasiment rien annulé. C’est vrai que c’est triste et tout ça a fait que les gens ont mis un certain temps à revenir dans les salles, à aller au cinéma. Ça a fait des dégâts !

Avec Alain Souchon, vous vous étiez interdit d’utiliser les « je t’aime ». Aujourd’hui, vous ne vous en privez plus dans votre répertoire.

Quand nous avons démarré, nous avions une sorte de pudeur. À l’époque, dire « je t’aime » dans une chanson, ça faisait un peu midinette parce qu’il y avait plein de chansons comme ça dans la période yé-yé. Nous avions fait une chanson, avec Alain, qui s’intitulait Banale Song où il chantait Je t’aime, je t’aime, je t’aime. C’était drôle parce qu’il n’était pas très à l’aise avec ça. Puis, finalement, maintenant, je ne me prive plus. Tout d’un coup, je me suis rendu compte que c’était le thème le plus intéressant qui soit. Et c’est vrai, quand vous écoutez toutes les chansons que vous aimez, anglaises, américaines, ils ne parlent que de ça, les mecs !

En France, c’est plus intellectuel. C’est ce qui est intéressant dans la chanson française, il peut y avoir des choses très simples, des chansons d’amour au premier degré ou d’autres beaucoup plus travaillées. Comme Bashung, Ferré, avec un côté intellectuel. Nous sommes dans un pays littéraire où sont importants le mot, l’image de la phrase. C’est d’ailleurs très significatif de voir la différence de perception du public entre un Souchon qui est un auteur, et… même un mec comme Berger qui est un énorme artiste mais qui est plus considéré comme un musicien plutôt qu’un auteur. En France, on met plus facilement au pinacle les auteurs que les compositeurs.

Comment se passent vos journées avant de monter sur scène ?

Ce sont des journées creuses. Tout est concentré sur le concert. On arrive dans la ville, à l’hôtel. Les techniciens montent les pianos, les lumières, le son… Et nous arrivons vers 17h, nous faisons les balances pour voir si tout fonctionne bien, puis on attend 20h, 20h30. Et pendant deux heures, c’est le panard, le moment exceptionnel. Deux heures pour lesquelles on s’emmerde 20 heures, à attendre ce moment. Des artistes arrivent à écrire en tournée, moi j’en suis incapable. Je suis tellement dans l’attente.

Parfois, avant de monter sur scène, je suis crevé, je me dis que ça va être nul. Mais dès que je mets un pied sur les planches, c’est terminé, je suis quelqu’un d’autre. J’ai deux heures avec le public qui, certainement, est une deuxième personne. Chaque soir, il y a une personne différente avec qui j’espère passer le moment le plus heureux, le plus savoureux, jouissif possible. Quand c’est terminé, l’adrénaline fut telle – il y a tellement de choses émotionnelles qui se passent, très puissantes – que vous n’avez plus du tout sommeil. Vous n’avez qu’une envie: faire la fête, dîner avec les autres. On va coucher tard. Et c’est comme ça qu’on est crevé le lendemain ! Comme aujourd’hui. Mais c’est génial, j’adore ça.

Quand vous arrivez à 17 h, j’imagine que vous vous êtes déjà rendu compte que quelque chose clochait.

Des problèmes, il y en a tout le temps, mais ce n’est pas très grave. Quand vous avez une équipe exceptionnelle, comme c’est le cas sur cette tournée, je ne suis pas très inquiet. Puis, parfois, les accidents ne sont pas des mauvaises choses. Un jour, je me suis retrouvé à un concert. Pendant que je jouais, en coulisses, un technicien s’embêtait jusqu’à ce qu’il voie ce bouton… sur lequel il a appuyé. Tout s’est éteint: les projecteurs, le son, tout ! Lui a paniqué totalement. Et, en fait, moi ça m’excite ! Évidemment, je ne comprenais pas ce qu’il s’était passé… mais ça crée des occasions de dire des choses, de plaisanter, de créer une histoire encore plus grande avec le public… qui adore ça.

Quand on revisite ses chansons comme vous le faites, n’y a-t-il pas des chansons qu’on a envie d’actualiser, comme T’as beau pas être beau ou Le cha-cha de l’insécurité.

Non non, en fait, ces deux chansons sont très actuelles.

Malheureusement.

Beaucoup de gens me disent comme c’est incroyable que ces chansons qui ont quarante ans sont actuelles. Moi, je n’aime pas trop, j’avoue, quand j’ai beaucoup aimé une chanson, que l’artiste arrive d’un coup avec un arrangement complètement à côté de ce que vous avez aimé. Parce qu’il a peut-être envie de le remettre au goût du jour. Mais ce n’est pas ce que vous avez aimé.

Moi, quand je fais T’as beau pas être beau, les gens deviennent fous, ils chantent. Je ne crache pas dans la soupe, des chansons comme ça sont un cadeau ! Et c’est grâce à elles que je suis toujours là. La durée artistique, ça n’existe pas de durer aussi longtemps comme Souchon. Nous en parlons souvent quand nous nous voyons: quelle chance nous avons d’être là au bout de cinquante ans. Moi, ce sera l’an prochain. C’est incongru, presque.

Mais, c’est le fait, au fil des années, de faire des chansons comme La Belle, T’as beau pas être beau, Ainsi soit-il, God save the swing ou des plus récentes comme On dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime ou Tout ce qu’on veut dans la vie – et les spectateurs dans les salles la chantent par cœur, celle-là – qu’on peut continuer à mettre la barre de plus en plus haut. Certains nous disent que nous n’avons plus rien à prouver… mais c’est le contraire. On a de plus en plus à prouver. On veut faire encore mieux, puis il y a tous les autres derrière. Avec, en plus, l’a priori du public qui se dit « il a fait ça, ça et ça, il ne peut pas faire mieux ! ». Un jour, un journaliste a dit à McCartney qu’il avait tout eu et qu’il n’avait plus rien à prouver et lui a demandé quel était son rêve, à présent. McCartney a répondu: « faire un tube ! »

Votre setlist, de quoi se compose-t-elle ?

Les 15 chansons de l’album et huit autres en plus, sélectionnées par-ci par-là. Bon, il fallait qu’elle se prête au piano-voix. Il fallait qu’Yvan les ressente au piano.

Quand je réécoute mes premiers albums, il y a des trucs dont j’aurais pu me passer. Mais ce sont aussi peut-être ces chansons-là, qui sont moins bien, qui m’ont permis d’en faire une autre, que je trouve meilleure.

Certaines sont injouables ?

Rien n’est injouable, mais esthétiquement, certaines s’y prêtent plus que d’autres. Mais on pourrait tout faire au piano.

Y’en a-t-il que vous préférez dans cet habit ?

Ce n’est pas que je préfère mais je les trouve aussi bien. Si je les ai faites d’une certaine manière, c’est qu’il y avait une raison.

Par contre, sur les plus de trois cents chansons que j’ai créées, il y en a pour lesquelles je me dis: « comment t’as pu faire une chose pareille ! » J’en aime moins que d’autres mais, finalement, je les aime bien quand même. Surtout dans les premiers albums, comme vous débutez, que vous n’avez jamais rien fait avant, vous sortez tout comme ça, sans recul. Quand je réécoute mes premiers albums, il y a des trucs dont j’aurais pu me passer. Mais ce sont aussi peut-être ces chansons-là, qui sont moins bien, qui m’ont permis d’en faire une autre, que je trouve meilleure. Tout ça fait partie d’un cursus, de ce qu’on appelle une carrière. Je ne renie absolument rien.

Quand vous avez commencé, on parlait de vinyle. Il est de retour, depuis quelques années.

Ce n’est pas non plus ce que les gens achètent le plus. C’est fort comme c’est reparti, quand même. D’ailleurs, il n’y a pas assez d’usines pour les produire, beaucoup avaient fermé avec le temps, d’où les délais de fabrication assez long. Est-ce que ça va durer ? C’est autre chose.

On parlait des mauvaises chansons, tout à l’heure, parlons des bonnes. Lesquelles vous séduisent, ces derniers temps ?

J’avoue, je ne suis pas fan entièrement d’artiste. Mais j’aime certaines chansons chez Orelsan, chez Stromae, même si j’ai moins aimé son dernier album. J’aime vraiment le personnage, ce qu’il est. Puis, il y a Pomme, Flavien Berger. J’aime aussi Chien Noir. Il y a aussi des morceaux de Coldplay vachement bien. Après, par rapport à mes artistes mythiques, je n’ai pas d’équivalent. Les Beatles, les Stones, Ray Charles, Bob Dylan, Stevie Wonder, Johnny Cash. Les must ! Les artistes qu’on écoute encore aujourd’hui, même les jeunes les adorent.

Outre ce projet, vous en avez d’autres ?

Oui, pas mal. Nous remontons le Soldat Rose sur scène, l’année prochaine. Puis, je dois faire un autre album pour 2024.

Et le cinéma ?

En réalité, pour la plupart des choses qui me sont arrivées, même si j’en ai provoqué, j’ai fait confiance à la vie. Je ne me dis pas, pour l’instant, que je vais faire un film. J’ai encore tellement de choses à faire en musique, en chanson. Faire un film, c’est autre chose, c’est énormément de temps. C’est au moins 2 à 3 ans, si tout va très très bien. Et si ça va mal, 7 à 10 ans pour ne pas arriver au bout. Mais je ne suis pas du tout blasé de ce que je fais, j’ai encore du carburant et ça me plaît. À chaque fois, j’essaie de mettre la barre plus haut, parfois j’y arrive ou pas, mais ce jeu m’excite. Puis, le fait de retrouver le public, de voir qu’il est au rendez-vous, depuis tellement de temps et si large – de ma génération mais aussi des trentenaires –, je trouve ça génial.